"La fabrique à bébés" : au cœur de la plus grande maternité des Philippines

"Je fais des gosses les uns après les autres. Je peux pas m’occuper de tous à la fois." Ici, 60 enfants naissent chaque jour. Dans la plus grande maternité des Philippines, la réalisatrice Ramona S. Diaz a filmé le quotidien des femmes et des soignants, dans un pays où la contraception reste l'exception. Le documentaire "La fabrique à bébés" est diffusé le mercredi 1 juillet à 23h30 sur ARTE.

« La Fabrique à bébés », ou le quotidien de la plus importante maternité des Philippines

Dans ce documentaire, la réalisatrice Ramona S. Diaz s’est intéressée à la maternité de l’hôpital de Fabella. Ici, 60 enfants naissent chaque jour.

Dans La Fabrique à bébés, Ramona S. Diaz raconte le quotidien de la plus importante maternité des Philippines, dans l’hôpital de Fabella. Ici, 60 enfants naissent chaque jour. « Fabella est connue pour être une maternité très progressiste. Tant qu'ils pourront accueillir des femmes, ils le feront. Même s’ils sont complets. C'est un chaos contrôlé. Tout fonctionne encore à l'hôpital, malgré le manque de ressources », se réjouit la réalisatrice.

Aux Philippines, le recours à la contraception est rare

Ce qui a particulièrement touché Ramona S. Diaz lors du tournage, c’est le sens de la communauté de toutes ces femmes qui accouchent au même moment. « Elles forment vraiment une communauté de soutien, les unes avec les autres. Elles ont si peu et pourtant, elles se soutiennent de bien des façons, émotionnellement et en pratique. En se prêtant leurs téléphones ou en nourrissant les bébés des unes et des autres. »

Aux Philippines, 86 % de la population est catholique. Dans ce pays, le recours à la contraception est rare. « Je pense que la situation est le produit de nombreux facteurs. Le rôle de l’Église catholique est vraiment clé, parce que l’Église catholique est très puissante. Et il y a le manque d’éducation, beaucoup de pressions culturelles et sociales qui pèsent sur les femmes pour avoir des enfants. En particulier dans les secteurs les plus pauvres de la société, parce que les enfants y sont une richesse », analyse Ramona S. Diaz.

« Ce sont des bébés qui donnent naissance à des bébés »

D’une certaine manière, le séjour de ces femmes à l’hôpital est un moment de répit par rapport à leur vie à l’extérieur. « Elles n’ont pas à penser à quoi que ce soit. Elles ont à manger, elles ont un toit au-dessus de la tête, elles ont l’eau courante », constate la cinéaste.

Chaque jour, le personnel soignant de Fabella essaie de sensibiliser les femmes, notamment à la question contraceptive. « Ils leur disent : “Tu n’as pas besoin de la permission de tes parents, de ta mère. As-tu demandé la permission avant d’avoir des relations sexuelles ? Je parie que non. Donc maintenant, tu n’as pas à demander la permission pour avoir un stérilet.” Ils sont tellement patients avec les femmes. C’est incroyable », s’émerveille Ramona S. Diaz.

Selon elle, les soignants savent que le temps joue contre eux. Leur but est avant tout d’expliquer aux jeunes femmes – parfois des jeunes filles – comment se protéger. « Les adolescentes qui viennent dépendent toujours de leurs parents et des gens qui leur disent quoi faire. Ce sont des bébés, vous savez. Des bébés qui donnent naissance à des bébés, voilà ce que c’est. »

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Brut.
1 juillet 2020 11:07