Discussion sur l’Amazonie entre une activiste et une autochtone

Elles vivent dans deux pays différents et essayent à leur échelle de lutter contre la déforestation amazonienne. Pour Brut, elles discutent.

“Tout ce qui se passe en Amazonie ne reste pas seulement en Amazonie”

Camille Étienne est française, et milite pour la justice sociale et climatique. Samela Sateré-Mawé est brésilienne et autochtone. Elle vit près de l’Amazonie, et milite pour la protection de cette forêt. Elle est également la représentante de l’association Jiboiana. Ensemble, les deux jeunes femmes discutent de leurs actions à leur échelle, mais aussi des répercussions de la déforestation à l’international. Surtout en ce moment où le Brésil est actuellement en pleine crise politique, pendant cet entre-deux tour pour l'élection présidentielle. Le favori est Lula, ancien chef de l'État, ayant pour projet de protéger cet environnement. Mais il est suivi de près par Jair Bolsonaro, président sortant qui a renforcé la production en Amazonie et fragilisé encore plus ces terres. “Pourquoi c'est important de parler de la déforestation, ici, en France, qui se passe pourtant au Brésil ? Déjà, pour la responsabilité. Il faut savoir qu'une immense majorité de la déforestation là-bas, elle se fait pour l'élevage, c'est-à-dire qu'on va produire notamment du soja qui va être utilisé et importé en Europe massivement, on est le deuxième pôle où on importe le plus derrière la Chine uniquement pour, en fait, servir l'élevage bovin et qui ensuite va être consommé sur notre territoire”, explique Camille. En Amazonie, ce peuple indigène menacé par la récolte d’or

“Notre pays est un pays en développement qui fournit ou exporte des produits aux pays développés, comme les pays d'Europe ou d'Amérique du Nord. Nous savons que ces actions finissent par dégrader notre faune et notre flore. Au Brésil, tout cela entraîne de la violence dans les territoires autochtones, au prix de conflits qui ont lieu à l'intérieur des territoires. Cela conduit à la mort d'habitants autochtones, d'enfants, à l'empoisonnement des aliments et de nos corps par les insecticides, les pesticides et aussi le mercure”, prévient Samela. “Ce que tu dis, c'est fondamental, parce que ça met le doigt vraiment sur le problème qu'est une attitude néocoloniale”, répond Camille. “On parle beaucoup de la déforestation pour l'élevage principalement, (…) mais il y a aussi l'industrie minière, il y a aussi l'industrie pétrolière qui vont chercher des ressources, donc on est sur des compagnies majoritairement européennes ou américaines qui viennent piller des ressources qui ne leur appartiennent pas à importer dans leur pays et augmenter aussi le dérèglement climatique.” Menacé de mort, un chef autochtone d'Amazonie témoigne

Les communautés autochtones souffrent de cette situation. “Nous avons faim, nous avons soif, nous voyons nos familles partir, nos enfants mourir, nous voyons nos aînés mourir, et tout cela, c'est la justice climatique, tout cela, c'est la justice environnementale. Pour cela, il faut l'unité, l'union de tous les peuples. L'aide entre militants, entre personnes qui ont un but commun, qui est le bien de l'humanité. Et que tout ce qui se passe en Amazonie ne reste pas seulement en Amazonie, que cela impacte d'autres pays du monde, en Europe, en Asie, en Afrique. Parce que notre biome est responsable du maintien de l'équilibre climatique mondial, il n'est donc pas seulement du devoir des peuples autochtones ou des Brésiliens de prendre soin d'un biome qui est patrimoine mondial, mais c'est le devoir du monde entier”, alerte Samela. Les chefs des tribus amazoniennes réunis contre Bolsonaro

avatar
Brut.