#TBT : En 1970, il racontait pourquoi il avait quitté Paris

Changer de vie, quitter Paris et devenir tisserand… C'était il y a 50 ans.

TBT : en 1970, cet homme quittait Paris pour devenir tisserand

« Ce qui me déplaisait avant tout, c’était la forme de vie. Train le matin, métro, bureau, re-métro, re-train. Je crois que c'est pas l'idéal. »

« Lorsque je travaillais dans un bureau il y a une dizaine d'années, j'avais l'impression que je ne pourrais pas passer toute ma vie dans ce bureau. Il faudrait qu'à un moment ou un autre que ça change », confiait à la télévision française un néo-rural en 1970. Ce metteur en page dans une revue d'art à Paris avait alors décidé de tout plaquer pour devenir tisserand. Voici son discours.

« Réaliser ce vieux rêve de trouver un travail qui permette de s'exprimer et de vivre »

J'aime bien me retrouver devant ce métier à tisser, bien que j'aie de moins en moins le temps d'y travailler. Parce que ça a été, au fond, l'outil qui m'a permis de m'évader, qui m'a permis de quitter Paris. C'est en rencontrant un tisserand tout à fait fortuitement que j'ai eu l'occasion de discuter avec lui, de le convaincre de m'apprendre son métier et de de pouvoir à mon tour réaliser ce vieux rêve de trouver un travail qui permette de s'exprimer et de vivre.

Il y a le côté matériel, lorsqu'on a cinq enfants, qu'il faut considérer surtout comme c'est mon cas. On ne peut pas se permettre de… de faire n'importe quelle folie et de s'embarquer dans n'importe quelle direction. Il faut aussi considérer que le travail nouveau qu'on entreprend doit être rentable. C'est ça, je crois, que le côté le plus difficile dans mon aventure artisanale.

« Prendre tous les soirs le même train et voir tous les soirs les mêmes têtes »

À Paris, j’étais metteur en page dans une revue d'art. Un travail, qui, du reste, me plaisait. Enfin, je ne peux pas prétendre que j'avais un travail rebutant, loin de là. Mais ce qui me déplaisait avant tout, c'est la forme de vie. Train le matin, métro, bureau, re-métro, re-train. Courir prendre le train tous les soirs, arriver essoufflé dans la rue Lafayette et à la gare du Nord, je crois que c'est pas l'idéal. Et prendre tous les soirs le même train et voir tous les soirs les mêmes têtes dans les mêmes compartiments, les gens à côté de vous qui jouent à la belote. On se dit : « Ça va durer pendant 10 ans, dans 15 ans, ils seront encore là. »

ll arrive un moment où l'on se dit : « Il faudrait que ça change. » On a l'impression qu'on va étouffer, qu'on va éclater. Seulement, le problème, c'est de savoir comment ça peut changer. Et c'est là toute la difficulté parce que… Pour celui qui est indifférent à ce genre de choses, ça va très bien. Je souhaite que les gens soient indifférents. Mais s’ils ne sont pas indifférents, ça pose chez eux des problèmes comme ça en a posé chez moi. Moi, j'ai réussi à les résoudre, mais j'estime que j'ai eu beaucoup de chance et que j'aurais très bien pu me casser la figure.

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Brut.