C'est quoi la "diplomatie du panda" ?

Prêter des pandas géants, c'est la méthode utilisée par la Chine pour s'assurer de bonnes relations avec d'autres pays. Voici comment fonctionne la "diplomatie du panda".

C’est quoi, la diplomatie du panda ?

Ce sympathique animal est régulièrement utilisé par la Chine pour s’assurer de bonnes relations avec les autres puissances : il est prêté, échangé…

Ils sont extrêmement mignons, ils sont maladroits. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les pandas jouent un rôle clé dans les relations internationales de la Chine. Prêter un panda à un autre pays porte même un nom : la « diplomatie du panda ». Dans le passé, la Chine a prêté des pandas au Canada, à la France, à la Corée du Sud, aux États-Unis, au Japon…

Le terme est utilisé pour la première fois pendant la guerre froide

La diplomatie du panda remonte à la dynastie Tang, lorsque l'impératrice Wu Zetian a envoyé deux pandas à l'empereur japonais Tenmu en 685. « L'idée remonte au VIe ou au VIIe siècle. Lorsqu'on envoyait un émissaire en voyage, on envoyait des cadeaux à un autre royaume. Les pandas étaient offerts depuis longtemps », explique le Dr Paul Jepson, défenseur de l'environnement.

Le terme « diplomatie du panda » est utilisé pour la première fois pendant la guerre froide. La Chine s'en sert pour engager des discussions politiques avec d'autres pays. Dans sa forme moderne, elle a débuté dans les années 1950 et 1960. « La Chine sortait tout juste d'une période d'isolement. Elle ne voulait pas vraiment s'aligner sur la Russie ou l'Amérique. Elle a donc décidé d'offrir des pandas dans le cadre d'une sorte de processus stratégique et amical », précise le Dr Paul Jepson.

Aujourd’hui, la Chine associe les pandas à des accords commerciaux sur le long terme

Le premier panda a été offert au chef d’État de l’URSS Khrouchtchev en 1965, puis au Président américain Nixon. Mais aujourd’hui, la Chine préfère « louer » ses pandas. Paul Jepson décrit plusieurs phases adoptées dans cette pratique diplomatique : « La première phase, c'est le don aux amis stratégiques. Ça n'a pas duré très longtemps. La deuxième, c’est cette idée de "on va faire des prêts-cadeaux". Offrons des pandas à des zoos prestigieux afin de promouvoir la confiance dans la fabrication chinoise et les produits chinois sur les marchés d'exportation. »

Puis, vers 2012, la tactique de la Chine change une nouvelle fois. C’est la troisième phase. « Les pays et les zoos recevaient des pandas qui étaient associés à des accords commerciaux majeurs avec la Chine. Ainsi, plutôt que de faire de l'export, la Chine associait les pandas à des accords commerciaux sur le long terme avec des pays qui fournissaient la technologie dont elle avait besoin ou des produits que la classe moyenne montante souhaitait », développe le Dr Paul Jepson.

Un outil de « soft power »

Contrairement à d'autres espèces, les pandas sont uniquement originaires de Chine. « La Chine est la seule source de pandas, résume Paul Jepson. Mais la Chine a également été très intelligente en s'assurant d'être la seule à en produire, pas comme les tigres, qui viennent de toute une série de pays d'Asie. La Chine peut pratiquer la diplomatie du panda et garder le contrôle de ses pandas. »

Aujourd'hui, la diplomatie du panda est reconnue comme étant un outil de « soft power ». « Une façon d'y réfléchir est de se demander ce qu'est le pouvoir. Je pense que c’est la capacité d'influencer le comportement des autres. Si on pense à la diplomatie et aux relations internationales, la force dure, c’est quand une nation fait agir un autre pays de la force militaire ou la menace de sanctions économiques. Le soft power, c'est quand vous le faites d'une manière beaucoup plus amicale. Vous utilisez vos atouts culturels ou, dans le cas des pandas, vos atouts culturels et naturels. Et changez les attitudes et les comportements des gens à votre égard. »

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Brut.