Confinés en bidonvilles : l'extrême précarité

En France, 19 000 personnes vivent dans des squats ou des bidonvilles. Et le confinement rend leurs conditions de vie encore plus précaires…

Le confinement dans les bidonvilles

En France, 19.000 personnes sont confinées dans des squats ou des bidonvilles. Depuis le confinement, leurs conditions de vie sont devenues encore plus précaires.

Andreï a 17 ans. Il a grandi dans un bidonville Chemin de la Flambère, à Toulouse. Ses parents y habitent toujours là-bas, comme 250 autres personnes. « Ce sont des Roms roumains. Il y a quelques robinets et quelques toilettes sèches. Il n’y a pas de douche », témoigne Andreï.

En France, 77 % des bidonvilles sont privés d’un point d’accès à l’eau

En France, 19.000 personnes sont actuellement confinées dans des squats ou des bidonvilles. Depuis le confinement, leurs conditions de vie sont encore plus précaires. « Toutes les personnes en situation de précarité – qui vivent en bidonville, en squat, en hôtel social ou à la rue – se retrouvent sans aucune source de revenus. Leurs revenus sont en fait des revenus de survie, des revenus informels : la mendicité, le glanage, la ferraille ou le travail au noir », détaille Anina Ciuciu, avocate et autrice.

Elle poursuit : « Aujourd'hui, les Roms se retrouvent dans une situation d’extrême difficulté parce qu’ils n’ont plus de ressources pour se nourrir, pour acheter des produits de nécessité pour leurs enfants en bas âge, couches, lait, produits d'entretien et d'hygiène. » L'accès à l'eau pose aussi problème. En France, 77 % des bidonvilles sont privés d’un point d’accès à l’eau.

« Ces personnes se retrouvent sans aucune ressource »

« D’habitude, pour avoir accès à l'eau, les habitants des bidonvilles font des trajets très longs, soit pour avoir accès à une borne d'incendie, soit près d'un cimetière, ou ils vont acheter de l'eau en bouteille. Ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Pour respecter les gestes barrières ou aussi pour cuisiner, c’est devenu très compliqué », explique Anina Ciuciu. « Ces personnes se retrouvent sans aucune ressource. Elles sont très vulnérables et dépendantes de la solidarité des autres pour se nourrir, pour subvenir à leurs besoins les plus primaires. »

Depuis le confinement, Andreï distribue chaque semaine des produits de première nécessité. La distribution est assurée par la mairie et des associations locales. Il fait aussi de l’accompagnement scolaire. Car dans ce bidonville, seuls 47 enfants sur 92 sont scolarisés. « C’est dur pour eux pour faire les devoirs parce que leurs parents ne savent pas forcément lire ou parler le français », développe Andreï.

Un difficile lien avec l’école

« L’un des problèmes majeurs, c’est qu’il y a aussi le lien avec l’école : quand on vit dans un bidonville, dans un hôtel social ou dans un squat, on n’a pas accès à Internet. Suivre les cours, c’est extrêmement difficile. Et la grande majorité des enfants ne n’ont pas de lieu calme pour travailler, car très souvent, la famille vit dans une seule pièce », ajoute Anina Ciuciu.

L’association Rencont'roms fait le lien entre les écoles et les enfants du terrain. « On a accepté de faire la navette entre le collège Clémence Isaure et les écoles du secteur en leur apportant des enveloppes nominatives. On remet les enveloppes aux élèves et ils font les devoirs, puis on remet les enveloppes aux écoles. On fait des navettes permanentes pour assurer la continuité pédagogique », détaille Nathanaël, président de Rencont'roms nous.

L’autre objectif de l’association, c’est pallier les inégalités sociales. « Les inégalités se révélent encore plus pendant la crise qu'en temps normal. Il est important de garder le lien avec les jeunes gens pour n'oublier personne, car la crise sanitaire, c’est une chose, mais il ne faut pas qu’une crise sociale se rajoute à cette crise sanitaire. »

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Brut.
30 avril 2020 16:16