Covid-19 : le retour en force du plastique à usage unique

"En ce moment-même, le lobby du plastique utilise des arguments scientifiques fallacieux pour faire reculer certaines législations environnementales." Avec le Covid-19, le plastique à usage unique revient en force…

Avec le Covid-19, le retour en force du plastique à usage unique

Masques, gants, aliments emballés… Tous sont produits et vendus en grandes quantités. Une utilisation généralisée liée, pour les ONG, à la croyance que le plastique est moins porteur du Covid-19.

Vous avez sûrement acheté des gants en plastique ou des masques chirurgicaux pour vous protéger du Covid-19, sans vraiment y réfléchir. « On a tendance à oublier que pour fabriquer tous ces objets, il faut des matières premières et que ce processus de fabrication est aussi responsable d'émissions de CO2. Il est très énergivore. Il y a un énorme impact lié à la production des objets en plastique », alerte pourtant Marine Foulon, chargée de communication à Zero Waste France.

50 % des emballages ne sont pas recyclables

Étant à usage unique, ces plastiques deviennent des déchets très vite. Et la plupart ne sont pas recyclables. « 50 % des emballages ne sont pas recyclables. Et parmi ces objets, comme les visières en plexiglas, il n'existe pas de filière de recyclage. Ça veut dire que ce sont des déchets qui terminent enfouis ou incinérés », précise Marine Foulon.

Les masques chirurgicaux mettent quant à eux jusqu'à 450 ans à se décomposer. Ils s'ajoutent aux 8 millions de tonnes de plastique déjà déversées dans les océans. Pour les ONG environnementales, l'utilisation généralisée en plastique à usage unique est liée à la croyance que le plastique est moins porteur du Covid-19.

Le Covid-19 peut rester plusieurs jours sur les surfaces plastique

Une croyance erronée et dangereuse, rappelle Marine Foulon. « Le plastique peut donner une impression de sécurité. C'est vraiment l'argument qui est avancé, notamment par les lobbies du plastique. Alors qu'en réalité, le virus peut rester sur des surfaces comme le plastique. Mais à cause cette impression de sécurité, on peut ne plus penser aux gestes barrière essentiels que sont le lavage des mains et des surfaces. »

Le Covid-19 peut en effet rester plusieurs jours sur les surfaces plastique, même si son infectiosité évolue. C'est plus que le cuivre, le carton ou l'aluminium. « En ce moment même, le lobby du plastique utilise des arguments scientifiques fallacieux pour faire reculer certaines législations environnementales. Les législateurs sont sous pression. Dans de nombreux États américains, l'interdiction des sacs plastique a été repoussée pendant la pandémie », déplore Delphine Lévi Alvarès, coordinatrice européenne chez #BreakFreeFromPlastic.

Un lobby défendant les intérêts de l'industrie du plastique a demandé à la Commission européenne d'assouplir la législation

Cotons-tiges, gobelets, assiettes : depuis le 1er janvier 2020, la vente de nombreux objets en plastique est interdite en France. Néanmoins, un lobby défendant les intérêts de l'industrie du plastique, l’Association des transformateurs de plastique EuPC, a demandé à la Commission européenne d'assouplir la législation. Demande depuis rejetée.

Mais pour Marine Foulon, il faut aller encore plus loin et sortir du modèle du tout jetable. « Il y a eu des pénuries de masques puisqu’il y a une demande mondiale. On voit que ce modèle présente des vulnérabilités. Il faut que le recours au jetable ne soit pas un automatisme. Ce qui s'est passé ces dernières semaines, c'est qu'on ne s'est pas posé la question. Le jetable est apparu comme la solution alors qu'en réalité, il existe d’autres options. En tout cas, on peut y réfléchir. »

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Brut.
25 juin 2020 06:21