En Inde, Manisha, femme transgenre, recueille les enfants rejetés

En Inde, Manisha fait partie de la communauté des Kinnars. Rejetée par ses parents à cause de son identité transgenre, elle recueille aujourd'hui des enfants abandonnés et rêve d'ouvrir son propre orphelinat. Brut est allé à sa rencontre.

Manisha, Indienne transgenre, recueille et adopte des enfants

Enfant, elle a été abandonnée par ses parents. Aujourd’hui, elle espère ouvrir son propre orphelinat pour secourir les mineurs livrés à eux-mêmes.

« Ils m'ont chassée de l'école. Ils m'ont poussée. J'ai été blessée. J'ai eu peur et je n'y suis jamais retournée. Après ça, mes parents m'enfermaient à la maison pour que personne ne me voie. Ils disaient que notre honneur serait calomnié. Et puis ils m'ont abandonnée. » Enfant, Manisha a été abandonnée par ses parents, qui rejetaient sa transidentité. Aujourd'hui, elle recueille et adopte des enfants en difficulté.

« La société nous empêchait de réaliser nos aspirations »

Même si depuis 2014, la Cour suprême indienne reconnaît officiellement l'existence d'un troisième genre, les conditions de vie des personnes tansgenres restent extrêmement difficiles dans le pays.

Eka, elle aussi femme trans, a été recueillie par Manisha quand elle avait 10 ans. Elle se souvient : « J'ai été exclue. J'ai été discriminée lorsque j'ai essayé de poursuivre mes études. Les gens disaient qu'étudier ne nous aiderait pas, que nous n'avions pas besoin d'étudier, que nos vies étaient différentes, que nous gagnons de l'argent grâce aux applaudissements. Nous aussi, nous avions des aspirations. Mais la société nous empêchait de les réaliser. »

« Personne ne voulait m'accueillir parce que j'étais orpheline »

Manisha vit actuellement avec six enfants dans sa maison à Pakhanjur, dans l'État indien du Chhattisgarh. L’une de ses filles adoptives témoigne : « Je n'ai pas de parents. J'ai une grand-mère et des tantes, mais elles ne voulaient pas me garder. "Elle n'est pas notre fille, elle n'est pas de notre caste." J'étais bouleversée, je pleurais beaucoup. Personne ne voulait m'accueillir parce que j'étais orpheline. »

Pour gagner sa vie, Manisha chante et danse aux mariages de la communauté traditionnelle kinnar ou lors des célébrations pour les naissances. Elle élève aussi des animaux pour subvenir aux besoins de sa famille. Souvent pourtant, ils ont à peine de quoi manger. Et leur situation n'a fait que s'aggraver depuis la crise du Covid-19.

« Si je vois un enfant qui a été abandonné, je veux être une mère pour lui ou elle »

Toutefois, malgré les difficultés et les discriminations auxquelles elle est confrontée, Manisha garde la tête haute. Elle espère construire son propre orphelinat pour pouvoir un jour s'occuper des enfants qui, comme elle, sont rejetés par leur famille et la société.

« Je n'ai jamais reçu l'amour de ma mère ou de mon père. Je ne me souviens pas avoir reçu d'affection de leur part. Il y a des enfants comme ça, abandonnés, chassés de chez eux, certains parlent de tuer leur enfant. Alors je les ramène ici. Si je vois un orphelin ou un enfant qui a été abandonné, je veux être une mère pour lui ou elle et l'élever. »

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Brut.