L’appel de Nicolas Hulot pour le monde d'après

"Notre système, il atteint ses limites. Il faut en prendre acte. On ne repart pas à l’identique" L’appel de Nicolas Hulot pour le monde d'après. #LeTempsEstVenu

« Notre système atteint ses limites » : l’appel de Nicolas Hulot

L’ancien ministre de l’Écologie lance, en partenariat avec Brut, Le Monde et France Inter, l’opération « le temps est venu ». Entretien.

« Nous sommes dans une crise qui est beaucoup plus profonde qu'une simple crise sanitaire. Une crise écologique, une crise économique, et une crise de civilisation », alerte le militant écologiste en ancien ministre Nicolas Hulot. En partenariat avec Brut, Le Monde et France Inter, il lance l’opération « Le temps est venu ». Pour Brut, il explique son projet.

« Un modèle qui épuise les ressources n'a pas d'avenir »

Ça peut paraître très grandiloquent, mais ce que ce virus nous apprend, c'est qu'il faut que nous déterminions ce que nous héritons du monde d'avant, ce que nous devons garder et ce que nous devons supprimer. On doit apprendre de nos erreurs.

Apprendre qu'on ne peut pas bâtir un modèle sur le dos de la nature, qu'un modèle qui détruit de jour en jour les écosystèmes n'a pas d'avenir, qu'un modèle qui épuise les ressources n'a pas d'avenir, qu'un modèle économique qui génère de plus en plus d'économies mais qui les répartit de plus en plus mal n'a pas d'avenir. Nous sommes à un point de rupture.

« Il faut qu'on essaie de redonner du sens au progrès »

Il ne faut pas céder à la tentation de se dire : « Bon, on repart comme avant, on efface ce mauvais souvenir, et advienne ce qui adviendra. » Il faut tirer posément – j'insiste sur le mot « posément », c'est-à-dire dans l'unité – des leçons, des enseignements. Il faut qu'on essaie de redonner du sens au progrès, d'être un peu plus humble, plus solidaire, plus uni.

Il ne s’agit pas de disperser notre intelligence pour faire tout et n'importe quoi, mais pour résoudre ces équations. On peut tous ensemble construire un monde plus apaisé, plus solidaire et surtout plus sûr où on n'aura pas peur de l'avenir. Mais pour ça, il faut se réunir. La première marche à franchir, c'est de converger vers un horizon commun. Aujourd'hui, il faut qu'on donne un message d'unité, de rassemblement, ainsi qu’un message d'exigence et de radicalité.

« Le temps est venu » : une mobilisation qui décline une matrice de principe

On a lancé, avec la fondation Nicolas Hulot, Le Monde, Brut et France Inter, une mobilisation qui décline une matrice de principes, de valeurs, pour construire le monde de demain. Il y a « Le temps est venu d’une radicalité en solidarité », « le temps est venu de la lucidité », « le temps est venu d'une économie qui partage et qui n'épuise pas », « le temps est venu du juste échange plutôt que du libre-échange ».

Vous qui êtes beaucoup plus familiers que moi des réseaux sociaux, des tweets, d'Instagram, des comptes Facebook, il y a une chose que vous pouvez faire, c'est essayer de faire vivre ce « temps est venu ». Reprenez les principes que vous allez trouver sur Brut, sur le site du Monde, de France Inter et sur celui de la fondation Nicolas Hulot. Faites vivre « Le temps est venu ».

« Commençons à poser une par une les pierres d'un nouveau monde »

Le temps est venu de l'empathie, le temps est venu de valoriser les métiers les plus difficiles, le temps est venu de la reconnaissance envers les soignants. Le temps est venu de beaucoup de choses et si on n'a pas cette exigence et si on ne la prononce pas collectivement, si on ne transforme pas toutes ces petites énergies magnifiques que l'on a vues poindre pendant ce confinement, dans un souffle puissant qui va donner, je l'espère, de la volonté et de l'énergie aux politiques, on n'y arrivera pas.

Pour se rassembler, on peut commencer à aller sur les réseaux sociaux. Tweetez « le temps est venu de », reprenez les principes que nous avons posés. Commençons à poser une par une les pierres d'un nouveau monde qui sera radicalement différent mais qui le sera parce que nous l'aurons décidé.

Il ne faut pas tout jeter du passé. On a hérité de fantastiques outils technologiques, démocratiques, historiques, philosophiques. Mais on voit bien que notre système atteint ses limites. Il faut donc en prendre acte et décider. Cela prendra le temps qu'il faut, ça ne va pas se faire demain matin, parce qu'il y a des urgences sociales, il y a des urgences sanitaires, il y a des détresses qu'il faut prendre en compte. Mais actons qu'on ne repart pas à l'identique.

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Brut.
6 mai 2020 15:15