Ce 19 mars 2022, les deux accusés "ont administré leur justice privée", tué "un homme de bien" qui à 42 ans avait "la vie devant soi", "arraché" un fils, un mari, un frère, un ami à ses proches, a énuméré l'avocat général Philippe Courroye.
Le verdict de la cour d'assises de Paris est attendu vendredi, quatre ans et demi après ce crime qui avait bouleversé le monde du rugby, en particulier en Argentine et au Pays basque où vivait la victime, double champion de France avec Biarritz.
Il avait aussi suscité un débat sur la violence de l'ultradroite, à laquelle appartenaient Le Priol, 32 ans, et Bouvier, 35 ans, dont l'avocat général a rappelé la "fascination pour la force", "les armes", ainsi que le goût pour les symboles nazis, comme cette édition allemande de Mein Kampf en lettres gothiques.
Ancien militaire radié de l'armée, Le Priol est l'auteur des deux tirs mortels reçus dans le dos par sa victime, tandis que Bouvier, qui se rêvait romancier, avait fait feu en premier, derniers actes "d'une mécanique meurtrière qui (a) conduit à l'irréparable", selon Philippe Courroye.
Après une algarade sur la terrasse d'une brasserie parisienne, ils ont ce matin-là fait feu dix fois face à un homme désarmé, qui était accompagné de son ami et ancien équipier à Biarritz Shaun Hegarty.
Protagonistes dès 2015 d'un passage à tabac en forme de règlement de comptes au sein de l'ultradroite, Le Priol et Bouvier avaient pourtant interdiction d'être ensemble. Mais "ils sont restés sourds" aux avertissements judiciaires sur leur violence décomplexée, dénonce Me Marie Tortos, avocate des trois orphelins du rugbyman.
Le "ciment" du GUD
Certes, leur appartenance politique et le racisme n'ont pas été retenus comme circonstances aggravantes. Mais leur obédience idéologique, notablement matérialisée par leur appartenance à l'organisation étudiante dissoute GUD (Groupe Union Défense), est un "ciment, un dénominateur commun" entre ces amis issus de familles aisées, estime Philippe Courroye, tandis que Bouvier le fixe, impassible, et que Le Priol secoue épisodiquement sa tête baissée.
Les deux affirment avoir tiré sans vouloir tuer: ils n'auraient fait que se défendre face à une "agression", par peur. Le Priol a invoqué un "pur réflexe militaire", Bouvier assurant avoir été en proie à "une panique totale", visant le sol pour protéger sa fuite.
"Il n'y a rien qui colle" dans ces versions, réplique Philippe Courroye, écartant d'un revers de main les thèses de la "légitime défense" et de l'état de stress post-traumatique (ESPT) avancées par Le Priol.
Rejetant toute intention homicide, les deux hommes réfutent a fortiori la préméditation, constitutive de l'incrimination d'assassinat.
Mais pour Philippe Courroye, quand Le Priol prend la même direction que les rugbymen après leur bagarre, il s'agit bien d'"une chasse à l'homme": "On ne bafoue pas impunément la susceptibilité et l'orgueil de Loïk Le Priol!".
Et quand Bouvier, juste après, monte dans une Jeep, c'est dans "un dessein partagé de retrouver" Aramburu et Hegarty, pour "une issue qui ne peut qu'être implacable, irrémédiable", estime le magistrat.
"Grenades dégoupillées"
En contraste saisissant avec le portrait des accusés devant la cour, les débats ont balayé celui d'un Aramburu violent et enclin à la bagarre, une ligne de défense d'ailleurs abandonnée par la défense.
Si lors de leur dispute, Aramburu a mis Le Priol au sol en le tirant par la capuche, cet inhabituel geste d'humeur s'explique par son indignation face à l'agressivité et au mépris de Le Priol, rapportés par tous les témoins, selon Philippe Courroye.
"Federico Martin Aramburu a croisé la route de deux grenades dégoupillées", résume un avocat de la famille, Me Félix Pelloux.
Des grenades qui auraient pu tuer n'importe qui ce jour-là, renchérit son confrère Me Yann Le Bras, avant que Philippe Courroye ne relève l'"absence de remise en question" et la "défense jusqu'au-boutiste" des deux hommes.
Le magistrat a également réclamé trois années de prison dont un an avec sursis contre l'ancienne compagne de Le Priol, 29 ans, pour avoir dissimulé des preuves, mais a souhaité son acquittement pour la complicité de tentative d'assassinat.
Contre un autre ancien du GUD, un catholique traditionaliste de 37 ans, il a demandé la même peine assortie d'un sursis de deux ans, pour le même délit et pour avoir aidé Bouvier dans sa courte cavale.








