À la barre de la cour d'assises de l'Ain, ils dépeignent Myriam Jaouen, 27 ans au moment du drame, comme une femme très "immature", dont l'"âge mental ne reflète pas celui de son état civil", parfois "rejetée" mais aussi "maladroite", "brusque" voire "inapte" à s'occuper de jeunes enfants. Un "tableau très noir", résume un enquêteur.
Ces éléments de personnalité pourraient être perçus comme des circonstances atténuantes, mais les enquêteurs mettent tous en doute le fait qu'elle ne connaissait pas, comme elle le prétend, la dangerosité de la soude caustique qu'elle a versée "massivement" dans la bouche de la petite Lisa, 11 mois.
En première instance à Lyon en 2025, les jurés avaient écarté la qualification de meurtre et condamné la jeune femme à 25 ans de prison pour torture et acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Cette requalification avait amplifié la détresse des parents de Lisa. A leur demande, le parquet avait fait appel du verdict. Ils attendent désormais "que justice soit rendue au calvaire de leur enfant", a expliqué à l'AFP leur avocate, Catherine Bourgade.
"Extrême souffrance"
Dans ce nouveau procès, Myriam Jaouen encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir "volontairement donné la mort" à la petite Lisa, rappelle d'emblée la présidente de la cour.
"Je regrette vraiment mon geste, je n'ai jamais voulu que ça en arrive là", murmure alors la jeune femme d'une voix rauque, tête basse et essuyant des larmes.
A la lecture des terribles brûlures endurées par la fillette morte au terme d'une "extrême souffrance", sa maman s'est effondrée, étranglée par des sanglots.
Puis toute la famille est sortie quand la Cour a diffusé les 12 interminables minutes de l'appel aux pompiers de la maman d'un autre bébé de la crèche, durant lesquelles on entend Lisa hurler et râler de douleur.
Ce 22 juin 2022, elle avait succombé au terme de près de quatre heures de souffrances malgré les efforts acharnés des pompiers et médecins, les voies respiratoires et l'appareil digestif brûlés au dernier degré. Sa mort violente avait suscité une très forte émotion dans le pays.
Myriam Jaouen, titulaire d'un CAP Petite enfance décroché "de justesse" et sans grande expérience, recrutée trois mois plus tôt, était seule ce jour-là pour accueillir les premiers pensionnaires de la micro-crèche Danton Rêve du groupe People & Baby.
Après une série de dénégations et de mensonges, elle avait avoué aux enquêteurs avoir fait boire à Lisa une partie d'une bouteille de déboucheur pour canalisation afin "qu'elle arrête de pleurer".
"J'étais fatiguée"
À la barre, un enquêteur a détaillé son audition en garde à vue. Avec un CAP petite enfance, elle ne pouvait pas ignorer la dangerosité du Destop, lui avaient fait remarquer les policiers. "Oui, j'avais lu l'étiquette mais j'étais fatiguée", avait-elle répondu.
"Est-ce qu'on peut réellement prendre une enfant de 70 cm en lui tenant la bouche, lui mettre le bec doseur dans la bouche et puis verser de la soude caustique?", s'est interrogé Annabelle Morello, avocate de l'association Innocence en danger, partie civile.
Une autre question reste en suspens: que faisait-elle seule pour accueillir les petits dans cette structure ? Quelle responsabilité pour le système des crèches privées dans ce drame ?
La mort de Lisa avait déclenché des enquêtes administratives, parlementaire et journalistiques, épinglant notamment les difficultés à trouver du personnel et la course au rendement.
La directrice de la crèche avait concédé au premier procès l'"erreur de recrutement" d'une jeune femme qui "manquait d'expérience" et de "patience", "mal à l'aise avec un bébé dans les bras". Mais, à la demande des parents qui souhaitaient que la justice se concentre sur "le monstre" qui a tué leur fille, les débats n'avaient pas été plus loin sur ce point.








