Près de 250 femmes humiliées: les victimes d'un ex-haut fonctionnaire appelées à se manifester "au plus vite"

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Près de 250 victimes, des années d'attente : les femmes humiliées par Christian Nègre, ex-haut fonctionnaire de la Culture qui leur aurait administré des diurétiques pour les forcer à uriner, sous couvert d'entretiens professionnels, sont appelées à se manifester "au plus vite" auprès des enquêteurs.
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Cet ancien DRH du ministère de la Culture, qui a également officié à la Direction des affaires culturelles de la région Grand Est, a été mis en examen par deux juges d'instruction, notamment pour "administration de substance nuisible", "violences par personne chargée de mission de service public" ou "atteinte à l'intimité".

Six ans après le début de cette enquête hors du commun, 248 victimes ont été recensées, dont "au moins 180" se sont constituées parties civiles, selon le parquet. Et le décompte ne semble pas s'arrêter: d'autres femmes continuent encore à se manifester régulièrement, souligne une source proche du dossier à l'AFP.

Jeudi, par un communiqué inhabituel, la procureure de Paris Laure Beccuau, a appelé "toute victime non encore entendue à se signaler au plus vite auprès de l’OCRVP (l'Office central de répression des violences aux personnes, co-saisi avec les services de police judiciaire) et si elle le souhaite à se constituer partie civile".

La justice espère effectuer rapidement ces auditions, avant fin mars, "afin de pouvoir procéder ensuite aux évaluations et interrogatoires supplémentaires éventuels. La clôture des investigations est attendue d’ici la fin de l’année 2026", poursuit-elle.

De quoi offrir pour la première fois un horizon aux victimes, en vue d'un éventuel procès.

Exaspération

Cet appel répond en partie aux doléances de plusieurs victimes, qui avaient fait part fin 2025 de leur exaspération face à la durée de l'instruction.

Une réunion d'information a été organisée par les juges d'instruction à l'intention de leurs avocats fin janvier, et une autre est prévue au printemps pour les victimes qui se seront constituées parties civiles.

Mais le délai très bref qui a été annoncé aux victimes pour se manifester fait bondir Me Louise Beriot, l'une des avocates, et porte-parole, de la Fondation des femmes.

"Ce travail d'investigation aurait dû être mené depuis six ans, nous sommes consternées ! Fixer un délai aux victimes pour arriver dans la procédure, c'est extrêmement choquant", explique celle qui défend aussi plusieurs victimes.

"Notre demande principale, ce sont des expertises en bonne et due forme. Les victimes ont les mêmes droits que toutes les parties civiles dans n'importe quelle instruction", insiste-t-elle.

Dans son communiqué, la procureure évoque un dispositif d'évaluation des besoins des victimes, confié à des associations. Celui-ci ne doit pas remplacer les véritables expertises judiciaires, permettant aux femmes d'être reconnues comme victimes et ensuite indemnisées, souligne l'avocate.

Cette hâte soudaine, pour des femmes "qui ne sont pas auditionnées par le juge et n'ont pas accès à une expertise" judiciaire, "c'est de la victimisation secondaire pure et simple !", tempête-t-elle.

"Affaire complètement folle"

Christian Nègre avait été démasqué en 2018. Alors en poste dans la région Grand Est, il avait été surpris en train de prendre sous la table une photo de son interlocutrice, qui avait porté plainte.

Sur son ordinateur, les enquêteurs ont trouvé "un tableau recensant 181 entretiens avec des femmes, au cours desquels il est apparu qu’il faisait absorber à celles-ci des produits diurétiques dans un café ou thé et attendait qu’elles soient acculées à uriner en sa présence", a rappelé la procureure de Paris, saisie du dossier à partir de la fin 2018.

À l'époque, le ministre de la Culture Franck Riester avait parlé d'une "affaire complètement folle, d'un pervers".

En attendant un procès, certaines victimes ont pu obtenir des indemnisations, notamment en engageant la responsabilité de l’État.

Certaines, qui s'étaient rendues au ministère en pensant passer un entretien de recrutement avec Christian Nègre, espéraient aussi bénéficier, dans l'enquête en cours, de la protection fonctionnelle de la rue de Valois.

Elles ont essuyé, début janvier, une fin de non-recevoir au motif qu'elles n'avaient pas la qualité "d'agent public", selon un document consulté par l'AFP.

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