Les débats s'enveniment à l'Assemblée autour d'un texte sur les Frères musulmans

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Dans une ambiance délétère, l'Assemblée s'est déchirée jeudi matin autour d'une résolution appelant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, après la déclaration d'un élu RN faisant un lien entre le vote pour LFI et la lapidation des homosexuels.
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Dans une ambiance délétère, l'Assemblée s'est déchirée jeudi matin autour d'une résolution appelant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, après la déclaration d'un élu RN faisant un lien entre le vote pour LFI et la lapidation des homosexuels.

Laurent Jacobelli, député RN, a fustigé l'opposition des Insoumis au texte examiné lors d'une journée réservée au groupe du parti Les Républicains.

"Tous ceux qui sapent la République, tous ceux qui sapent la laïcité et tous ceux qui sapent nos valeurs ont des avocats" à l'Assemblée, a-t-il lancé, ajoutant : "les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, et bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI".

"Je ne peux un seul instant tolérer que vous insinuiez que mon engagement aille à l'encontre de l'égalité humaine", a vertement répliqué le député Insoumis Pierre-Yves Cadalen, se disant lui-même homosexuel, tandis que son groupe dénonçait des propos "odieux".

"Menaces physiques"

Les groupes de gauche ont également à plusieurs reprises demandé une réunion du Bureau de l'Assemblée pour d'éventuelles sanctions. La question sera tranchée lors d'une réunion du 18 février, a expliqué Sébastien Chenu (RN), qui présidait la séance, la droite accusant la gauche de faire de l'obstruction.

Un autre épisode a opposé Sébastien Chenu au député LFI Antoine Léaument, le premier annonçant qu'il saisissait le bureau de l'Assemblée pour des "menaces physiques". "Il est descendu (vers le bas de l'hémicycle) en hurlant et remettant en cause ma présidence, puis ne se calmant pas il m'a menacé en disant 'descendez on va discuter face-à-face'", a dit M. Chenu, sollicité par l'AFP.

Antoine Léaument, également contacté, dément toute menace physique : "j'ai dit, 'très bien, descendez discuter avec moi'".

La proposition de résolution, qui ne sera votée qu'après 15h00, appelle la Commission européenne à engager une procédure pour inscrire "la mouvance des Frères musulmans et de ses responsables sur la liste européenne des organisations terroristes", et demande à l'UE "une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans".

Fragilités juridiques

Le rapporteur Eric Pauget (LR) défend un texte contre un "mouvement politique" dont le projet est de "faire triompher la charia sur la loi de la République", estimant qu'une telle classification permettrait de geler des financements et de faciliter l'échange d'informations entre États.

Peu allant, le gouvernement a rendu un avis de sagesse (ni pour, ni contre), la ministre de la Francophonie Eléonore Caroit partageant "l'objectif" d'agir "contre la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste", mais estimant le texte fragile juridiquement.

Fondé en 1928 en Egypte, le mouvement pan-islamiste sunnite a un temps étendu son influence sur le monde arabe, mais a connu un recul ces dernières années sous la pression des grandes puissances arabes.

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