Contrat avec l'ICE aux Etats-Unis : pourquoi l'entreprise Capgemini est-elle dans la tourmente ?

Smith Collection/Gado / Getty Images
Un contrat entre le groupe d'informatique français et la police fédérale de l'immigration américaine suscite de vives critiques. Mais selon Capgemini, ce contrat "n'est pas en cours d’exécution car il fait l'objet d'un recours". On vous explique.
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C'est ce qu'on pourrait appeler un "mauvais timing". La semaine dernière, l'association L'Observatoire des multinationales révélait que le groupe d'informatique français Capgemini aurait notamment fourni à l'ICE, la police fédérale de l'immigration américaine, un outil d'identification et de localisation de personnes étrangères.

Or, cette police a été récemment mise en cause dans la mort de deux citoyens américains abattus à Minneapolis, dans le Minnesota, à moins de trois semaines d'écart alors qu'ils étaient témoins d'opérations menées dans la rue et en plein jour.

Dans un message publié dimanche dernier sur le réseau social LinkedIn, le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, avait indiqué avoir appris "par des sources publiques" la signature en décembre d'un contrat entre sa filiale américaine et l'ICE. Selon le dirigeant, la structure de cette filiale indépendante, soumise à la législation américaine, impose des règles d'étanchéité avec la direction centrale de l'entreprise.

Cette filiale "prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et (...) le groupe Capgemini est dans l'impossibilité d'accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés", avait poursuivi Aiman Ezzat.

A l'Assemblée nationale, le ministre de l'Economie Roland Lescure avait affirmé avoir interpellé l'entreprise à ce sujet. "Je leur ai dit entre nous que cette explication ne suffisait pas et que la moindre des choses (...) c'est qu'une entreprise qui détient des filiales sache ce qui se passe dans ces entreprises, et c'est ce que Capgemini s'est engagé à faire", a-t-il indiqué.

"Objet d'un recours"

Nouveau rebondissement ce jeudi : le contrat entre une filiale de Capgemini et la police américaine de l'immigration n'est "pas en cours d'exécution", a assuré le groupe d'informatique français à l'AFP.

Dans un message interne envoyé aux salariés du groupe mercredi et consulté par l'AFP, Capgemini indiquait sans plus de précisions que le contrat "n'est pas en cours d’exécution car il fait l'objet d'un recours" et que sa filiale américaine avait "d’ores et déjà engagé un processus d'examen du contenu de ce contrat, ainsi que des procédures de contractualisation".

"Sur proposition du directeur général Aiman Ezzat, un conseil d’administration exceptionnel de Capgemini est prévu dans le week-end", a par ailleurs indiqué le groupe.

De son côté, le syndicat CGT de Capgemini a demandé "l'arrêt immédiat et public de toute collaboration avec l'ICE".

"Ces partenariats (...) sont non seulement contraires aux valeurs affichées par Capgemini, mais ils font de notre groupe un complice actif de violations graves des droits humains", a écrit le syndicat dans un courrier adressé à Aiman Ezzat.

Les députés français de La France insoumise (LFI) ont annoncé mardi le dépôt d'une résolution contre l'ICE, appelant le gouvernement à dénoncer "les violations des droits humains", à demander une "enquête internationale", ou encore à interdire à ses responsables l'accès au territoire européen.

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