Face à la multiplication des signalements de violences sexuelles en milieu périscolaire, la Ville de Paris renforce en urgence les formations de ses agents pour accompagner la libération de la parole des enfants, même si certains acteurs jugent cette réponse tardive, voire insuffisante.
"Plus que jamais, chaque enfant doit être écouté, cru, protégé. Il faut que ces violences, non seulement soient dénoncées, mais connues", a insisté mercredi le premier adjoint Patrick Bloche, lors d'un point d'étape deux mois après le lancement par la Ville d'un plan de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants.
En 2025, une quarantaine d'animateurs ont été suspendus à Paris, dont 20 pour suspicion de faits à caractère sexuel, sur fond de récits de parents déboussolés relayés par la presse.
Depuis janvier, les directeurs du périscolaire des quelque 620 écoles parisiennes - les REV ou "responsables éducatifs ville" - doivent suivre une formation destinée à mieux comprendre les mécanismes des violences sexuelles, auxquelles les enfants sont proportionnellement plus exposés que les femmes.
"Ces violences existent partout, quel que soit le pays, le milieu social ou le niveau d'études", rappelle Sébastien Brochot, "préventeur" au Centre de ressources pour intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS), lors d'une session de formation.
"L'enjeu est de sensibiliser les responsables d'équipes d'animation à un meilleur repérage, un meilleur signalement, une meilleure gestion de toutes les situations où un enfant pourrait être victime de violences", explique-t-il à l'AFP.
La formation vise aussi à battre en brèche les idées reçues : l'absence d'âge minimum pour être victime, l'impact probablement équivalent sur les filles et les garçons avant la puberté, ou la part des femmes, minoritaire mais réelle, parmi les agresseurs. La moitié des agressions sont par ailleurs commises entre mineurs.
"Cela permet de recadrer les choses", confie Stéphane, responsable périscolaire depuis 25 ans. Depuis septembre, il a déjà procédé à trois signalements pour suspicions de violences intrafamiliales.
"Intérêt de l'enfant"
Selon la Ciivise (Commission sur les violences sexuelles faites aux enfants), un enfant sur dix est victime de violence sexuelle, la plupart du temps dans le cadre familial.
D'où l'accent mis sur le repérage des profils surreprésentés parmi les agresseurs, notamment les personnes en situation de forte fragilité, en dépression ou en perte d'estime de soi.
"Beaucoup d'auteurs de violences sexuelles sont dans un mode relationnel fusionnel" ou sont à l'inverse "trop autoritaires", poursuit M. Brochot, qui insiste également sur l'importance des "signaux faibles". Selon lui, lorsqu'un enfant victime de violences sexuelles demande de l'aide à un adulte, ce dernier n'en fait rien "dans un cas sur deux".
Une majorité d'enfants ont également du mal à réaliser qu'ils ont été victimes, notamment parce qu'ils n'en ont pas forcément conscience.
"L'enfant va rarement verbaliser clairement ce qu'il vit. En revanche il va alerter les adultes par son comportement", souligne le formateur. Changement soudain d'attitude, prise ou perte de poids, énurésie sont autant de signaux.
"La priorité est de faire passer l'intérêt de l'enfant avant toute autre considération", martèle Sophie Fady-Cayrel, directrice de la direction des Affaires scolaires (Dasco). C'est particulièrement vrai lorsque la parole d'un enfant incrimine un animateur présent depuis longtemps dans une école.
Les agents sont également encouragés à ne "pas reformuler les propos d'un enfant" et même "à court-circuiter" leur hiérarchie s'ils pensent "qu'elle ne fera pas le job".
Au-delà des formations, le plan d'action prévoit également la mise en place d'une ligne téléphonique d'écoute pour les parents, des recrutements en binômes des animateurs et une formation obligatoire de deux jours des vacataires avant toute prise de poste.
Malgré ces annonces, les syndicats restent pourtant critiques. "Ces mesures sont largement insuffisantes et extrêmement tardives", déplore Nicolas Léger, du SUPAP-FSU, qui pointe "beaucoup de communication pour rassurer les familles sans moyens humains supplémentaires".
Il regrette aussi que la formation ne soit dispensée qu'aux directeurs périscolaires, à charge pour ces derniers de "la retranscrire auprès des 12.000 animateurs selon ce qu'ils en auront retenu".
"Ça fait quatre ans que M. Bloche dit que les violences sont des cas isolés alors que nous les jugeons systémiques. Les choses avancent, mais dans un contexte de campagne électorale", ironise Élisabeth Guthmann, co-fondatrice du collectif SOS périscolaire.








