En tête de cortège, parents et proches de défunts se sont serrés derrière une large bannière blanche sur laquelle était inscrit "Hommage aux victimes de Crans-Montana. Justice et vérité", a constaté une journaliste de l'AFP dans cette bourgade vaudoise bordant le Léman, en banlieue de Lausanne.
"Voilà Trystan qui aurait eu 18 ans dans quatre mois, mais je suis aussi la maman de 155 autres morts et victimes, on ira jusqu'au bout !", a lancé devant la foule Vincianne Stucky, mère de Trystan, brandissant une photo de son fils décédé dans l'incendie à 17 ans.
Certains portaient des roses blanches à la main, d'autres des pancartes annonçant "Vous n'êtes pas seuls". Beaucoup avaient les larmes aux yeux. Au fil de la marche, de nombreuses personnes ont grossi les rangs du cortège, parti en début d'après-midi du stade de football du FC Lutry, qui a perdu sept jeunes pensionnaires dans l'incendie.
Sur le grillage de l’enceinte sportive, le vent agitait une nuée de rubans blancs porteurs de messages destinés aux victimes de Lutry.
"Aujourd'hui, il y a ce manque de vérité qui est là, mais ce n'est pas sous forme de colère. C'est que moi, je veux savoir pourquoi nos enfants, dont mon fils, n'ont pas réussi à sortir. Pourquoi ?", a témoigné à l'AFP Laetitia Brodard-Sitre, mère d'Arthur, décédé à 16 ans.
"Se battre" pour les victimes
"On est condamnés à vivre, et c'est pire que d'être condamnés à mort, parce qu'on a cette souffrance qui restera jusqu'à la fin de nos jours. Mais ce qu'on demande aujourd'hui, c'est la vérité, la justice, d'arrêter de faire comme la Suisse aime faire, cacher, camoufler", a tonné de son côté Mme Stucky.
Survenu la nuit du Nouvel An, le terrible drame a fait 40 morts et 116 blessés, principalement des adolescents et des jeunes adultes. L'incendie a été provoqué selon l'enquête par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar Le Constellation.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des bousculades de personnes tentant désespérément de sortir au niveau du rez-de chaussée.
"Lorsqu'on vit une tragédie où 40 personnes, 40 enfants, 40 adolescents sont partis et 100 et quelques sont en réhabilitation ou encore dans les soins intensifs, il y a quand même des questions à se poser", a déclaré à l'AFP Alexandre Fleury, père d'un jeune gravement blessé actuellement hospitalisé à Zurich.
Ce dernier réclame une enquête "claire et objective, avec des gens compétents", alors que depuis le début de l'affaire le ministère public du canton du Valais est accusé de lenteur et de laxisme, en particulier vis à vis du couple de propriétaires du bar, objet d'une enquête pour "homicide par négligence" notamment.
"Tous mes camarades de classe étaient dans cet incendie, la plupart sont décédés mais il en reste encore à l'hôpital, et c'est pour eux aussi qu'il faut se battre", a déclaré à l'AFP Allegra Petruzzi, organisatrice de la marche.
Après avoir marqué un arrêt devant le temple de la ville, où les cloches ont retenti pendant plus de 5 minutes, la foule a déposé de nombreuses fleurs, puis longuement applaudi avant de scander de concert "Plus jamais ça!".
La marche a ensuite repris en sens inverse pour prendre fin à son point de départ vers 15h30.


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