L’histoire est-elle vouée à se répéter ? Ce samedi 3 janvier, peu avant deux heures du matin, les Etats-Unis ont mené une série d’attaques aériennes sur Caracas, au Venezuela, annonçant dans la foulée la capture et l’exfiltration du président Nicolas Maduro et de sa femme, Cilia Flores.
Cet événement, bien qu’exceptionnel, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre le Venezuela et les Etats-Unis. Donald Trump avait déjà tenté, en vain, d’évincer Nicolas Maduro du pouvoir lors de son premier mandat (2017-2021). Dès son retour à la Maison Blanche, en janvier 2025, le président américain a durci les sanctions économiques contre Caracas, accusant Maduro d’être à la tête d’un cartel de narcotrafiquants, dont l’existence reste, selon les experts, à démontrer. En septembre, les Etats-Unis ont commencé à mener des frappes contre des bateaux de narcotrafiquants présumés et, en décembre, ont saisi des pétroliers, sur fond d’incursions militaires aux limites du Venezuela.
À l’aune de la capture spectaculaire de Nicolas Maduro, ce qui est communément appelé la “doctrine Monroe” revient sur le devant de la scène, citée par plusieurs observateurs. Il faut dire que, dès le 5 décembre dernier, l'administration Trump publiait un document redéfinissant la "Stratégie de sécurité nationale" des Etats-Unis et restaurant cette fameuse doctrine. Mais de quoi parle-t-on ?
"L'Amérique aux Américains"
James Monroe, le cinquième président des Etats-Unis, énonce la doctrine qui porte son nom le 2 décembre 1823 et fixe ainsi les fondements de la diplomatie américaine qui caractérisera la politique étrangère étasunienne du 19e et 20e siècle, “l’Amérique aux Américains”.
Au début du 19e siècle, les Etats-Unis affirment leur émancipation. Le conflit qui les oppose au Royaume-Uni lors de la seconde guerre d’indépendance (1812-1814) contribue à l’émergence d’un sentiment national. En 1819, ils acquièrent la Floride, jusqu’alors colonie espagnole, contre cinq millions de dollars. Mais au nord du continent, des cosaques russes s’implantent en Alaska, menaçant leur territoire.
Dans ce contexte, le président Monroe, qui s’inquiète de possibles velléités expansionnistes européennes, décide d’affirmer la position de son pays.
Lors de son message annuel au Congrès, il soutient d’abord que l’Amérique ne doit pas faire l’objet de nouvelles tentatives de colonisation européenne. Il souligne également que toute intervention de la part de pays européens dans les affaires du continent américain sera regardée par les Etats-Unis comme une menace pour leur sécurité. En contrepartie, il assure que son pays n’interviendra jamais dans les affaires du Vieux Continent.
Par “continent américain”, le président Monroe entend l'ensemble des Etats-Unis, bien sûr, mais aussi l’Alaska et l’Amérique du Sud, alors partiellement décolonisée. Cette doctrine se concrétise notamment par l’intervention américaine en 1898 à Cuba, sous domination espagnole à l’époque. Les Etats-Unis remportent le conflit et imposent leur tutelle à l’île. La même année, l’Espagne leur cède également Porto Rico.
Politique "du gros bâton"
Mais la doctrine Monroe va évoluer, au fil des intérêts américains. Au début des années 1900, le président Theodore Roosevelt, inquiet que la crise entre le Venezuela et ses créanciers européens ne déclenche une invasion du pays, prolonge la doctrine par le “corollaire Roosevelt”. Il justifie ainsi l’interventionnisme américain dans les pays d’Amérique latine, qui deviennent une sphère d’influence. Les Etats-Unis s’arrogent également le droit d'intervenir dans les pays du continent en cas de mauvais gouvernement. Ayant finalement peu à voir avec l’Europe, la doctrine et son corollaire justifieront les interventions américaines à Cuba, au Panama ou en Haïti.
Et si cette politique dite “du gros bâton” est délaissée par son successeur, William Howard Taft, en 1910, qui privilégie la domination économique, elle renaît à la faveur de la Guerre Froide (1947-1991).
Les changements géopolitiques de ce début du 21e siècle ont vu les Etats-Unis tourner leur regard vers d’autres zones du monde, notamment vers l’Asie. Mais le retour de Donald Trump au pouvoir semble ressusciter la doctrine Monroe et un nouveau corollaire.
En un an seulement, le chef de l’Etat américain a refusé d'exclure le recours à la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland, a évoqué l'idée de faire du Canada le 51e État américain, a menacé de s'emparer du canal de Panama et a imposé des sanctions au président colombien. La capture et l’exfiltration du président vénézuélien Nicolas Maduro semble être le point d'orgue de ce que certains appellent la doctrine "Donroe".








