Le 11 septembre 2001, il vit l’attentat du World Trade Center de l’intérieur

Brut.
Le 11 septembre 2001, Bruno Dellinger se trouve dans la tour Nord du World Trade Center à New York (États-Unis). De ce moment dont il sort indemne, le Français tirera le livre “World Trade Center, 47e étage” écrit en 2022 (Robert Laffont, 198 pages). Il confie à Brut. les dessous d’un moment historique et sombre.
À voir également sur Brut

La journée commence pourtant si bien. “Avec un petit déjeuner d’équipe, comme on le fait souvent” confie Bruno Dellinger. Cette date, c’est celle du 11 septembre 2001. Une journée qui va “longtemps rester gravée” dans sa mémoire. L’homme d'affaires travaille alors au 47e étage de la tour Nord. Vers 8h45, il entend des bruits sourds, puis il sent la tour bouger. “Tout crisse et on voit les façades qui tombent” , explique-t-il à notre journaliste Édouard Gning.

Il faut évacuer, mais il reste calme. “Je reste serein (...) je prends même le temps de passer un appel” indique-t-il. En sortant de son bureau, il prend vite l’ampleur du phénomène. “On est dépassés par des personnes qui n’ont plus de peau, plus de cheveux, qui sont brûlées”, dit-t-il. Les alarmes hurlent, la chaleur est “insoutenable” et l’avancée se fait lente vers la sortie. Il met une heure à descendre les 47 étages qui le sépare du sol tant “la foule est dense”. “S’il y a mouvement de panique, c’est la mort assurée” ajoute ce Français âgé d’une cinquantaine d’années aujourd’hui. 

“Je ne sais plus où je me trouve”

Bizarrement, cet instant infernal reste “bon enfant”, alors que l’horreur fait rage à l’extérieur. La première tour vient de tomber, il est 10 heures. “On est loin de se douter de tout cela d’où on est”, confesse avec un léger sourire le rescapé. Une fois dehors, c’est le chaos. “On est extirpé par un policier qui nous hurle que tout va s’effondrer. Je ne sais plus où je me trouve”. Puis la panique fait place à l’horreur : des bouts de cadavres jonchent les rues, des personnes crient à l’aide. C’est alors que le temps s’arrête : il est 10h30, la tour de 415 mètres de haut dont il vient de sortir s’effondre.

S’ensuit “un nuage de cendres, de poutres, de papier et de verre”. Il se réfugie derrière un pylône et se retrouve englouti dans “cet amas atroce”. “Tout est noir. La nuit en plein jour” décrit Bruno Dellinger. Le jour, il le retrouve ensuite grâce à un agent du FBI. Ce dernier l’entraîne vers une banque. Couvert de cendres, le rescapé essaye de la faire partir, mais elle lui colle comme une seconde peau. Une idée bloque ensuite dans son cerveau : “rentrer chez moi, le plus vite possible” et dire à ses proches qu’il est en vie. Il y parvient sans mal. Il arrive chez lui essoufflé, toujours couvert de cette cendre si dure à faire partir.

Il ne s’en débarrasse pas. Au contraire, il la recueille et décide d’honorer la mémoire de celles et ceux qu’on ne retrouvera jamais. “Cette cendre était sacrée à mes yeux” ajoute, très ému, Bruno Dellinger. Il finira par donner une partie de ce qu’il a récolté au mémorial du 11-Septembre. “Un geste symbolique” pour aider, énonce-t-il.

Se reconstruire grâce au papier

Vient la première nuit après le drame. “Impossible de dormir. Impossible de comprendre tout ce que je viens de vivre ce jour-là”. Aujourd’hui, il ne peut plus passer à proximité d’une bouche de métro sans se sentir angoissé. “Le son (du métro) est trop proche de celui de l’effondrement” évoque-t-il. Alors que nous célébrons cette année les 25 ans de l’attentat, il ajoute que chaque anniversaire est une épreuve, mais il tient bon. “Aujourd'hui, il ne faut pas vivre dans la terreur et le cauchemar” livre-t-il non sans émotion.

Il décide de tout coucher sur papier pour se reconstruire. “Il fallait que je partage mon histoire. Écrire, c’est ça qui m’a sauvé” conclut celui qui a sorti il y a 4 ans le livre “World Trade Center, 47e étage” (Robert Laffont, 198 pages). Il espère que ce “remède” parlera au plus grand nombre.

Pour écouter l’intégralité de ce témoignage, c’est sur la chaîne YouTube de Brut., en compagnie de notre journaliste Édouard Gning.

A voir aussi