Le skipper breton Kevin Escoffier avait déjà été convoqué le 30 mars devant ce même tribunal mais le procès avait été reporté à la demande du parquet: son avocate, Me Virginie Le Roy, avait déposé plus de 150 nouvelles pièces au dossier seulement quelques jours plus tôt.
Les quatre plaignantes, présentes à l'audience, et leurs avocates s'étaient rangées à cette demande de report.
Le président du tribunal en a profité pour demander un supplément d'information concernant ces nouveaux éléments, ce qui pourrait éclairer les débats d'un jour nouveau, avait souligné Me Caroline Toby, qui défend une ancienne attachée de presse du navigateur.
Cette Française, aujourd'hui âgée de 33 ans, est à l'origine des poursuites contre Kevin Escoffier. Elle l'accuse de l'avoir agressée dans un bar de Newport (États-Unis) en mai 2023 lors d'une étape de l'Ocean Race, une course autour du monde en équipage. Selon son témoignage, le skipper, ivre, lui avait notamment pressé les seins et les fesses par surprise, en profitant d'une accolade.
L'enquête est ensuite remontée à trois autres femmes dénonçant des agressions similaires de la part du skipper. Elles ont à leur tour déposé plainte pour des faits commis entre fin 2017 et avril 2018, à Melbourne (Australie), au Brésil et à Lorient.
"#MeToo de la voile"
Kevin Escoffier, 46 ans, conteste ces accusations, selon Me Le Roy. L'avocate du navigateur a demandé "la nullité de la procédure", critiquant "une enquête indigne", notamment "des auditions orientées par les enquêteurs", selon elle.
Peu après la médiatisation des accusations contre lui en juin 2023, le navigateur avait quitté l'équipe du monocoque Holcim-PRB en pleine Ocean Race.
En octobre 2023, "compte tenu du faisceau d'indices porté à sa connaissance", la Fédération française de voile avait suspendu le navigateur de toute compétition pour 18 mois et lui avait retiré provisoirement sa licence pendant cinq ans.
Mais elle a annulé ces mesures en mars 2024 en raison d'un "vice de procédure".
Le Canard Enchaîné avait été poursuivi en diffamation par Kevin Escoffier pour un article évoquant l'agression présumée de Newport et un "#MeToo de la Voile", publié en octobre 2023.
Le journal a été relaxé en mai 2025 par le tribunal correctionnel de Paris qui a reconnu que l'enquête reposait "sur un ensemble d'éléments croisés et recoupés".
Comme le 30 mars dernier, le collectif féministe NousToutes a appelé à un rassemblement lundi matin devant le palais de justice de Lorient, où le procès doit s'ouvrir à 9h00, pour "soutenir toutes les victimes, celles qui parlent et celles qui ne parlent pas".
Plusieurs participants au rassemblement fin mars, issus du monde de la navigation, avaient déploré auprès de l'AFP une culture "où il y a beaucoup de sexisme et d'agressions".
Une femme de 42 ans, disant elle-même avoir été à plusieurs reprises victime d'agressions sexuelles pendant ses 18 années dans le milieu de la course au large, avait émis l'espoir que le procès de Kevin Escoffier serve de prise de conscience pour les "gens du milieu". "Être un bon marin, ça n'excuse pas tout", pas plus que d'être sous l'emprise de l'alcool, avait-elle déclaré.
Ingénieur naval et membre d'une illustre famille de marins bretons, Kevin Escoffier s'est fait connaître du grand public en frôlant la mort en novembre 2020 durant le Vendée Globe. Naufragé lors d'une tempête au large du Cap de Bonne-Espérance, il avait sauté dans son radeau de survie avant d'être secouru in extremis par Jean Le Cam.








