Le patron de Telegram accusé de "complicité de terrorisme" par la Russie

Crédit : REUTERS
La Russie a annoncé mercredi avoir lancé une procédure de recherche internationale à l'encontre du patron de Telegram Pavel Durov, en l'accusant de "complicité de terrorisme" et affirmant que sa messagerie est utilisée par les services de sécurité ukrainiens à des fins de recrutement.
À voir également sur Brut

Né en Russie et détenteur de passeports français et émirati, Pavel Durov, 41 ans, est mis en examen en France depuis 2024, Paris l'accusant de ne pas agir contre la diffusion de contenus criminels sur Telegram.

En Russie, cette messagerie est l'une des plus populaires, utilisée aussi bien par des citoyens ordinaires que par les services publics, parmi lesquels le Kremlin, les principaux ministères et les forces de l'ordre.

Enquête sur le recrutement de jeunes Russes

Mercredi, les services russes de sécurité (FSB) ont indiqué avoir émis "un avis de recherche international" à l'encontre de Pavel Durov, sans toutefois préciser la nature de cette notice, ni si les autres pays l'accepteraient.

Le milliardaire est accusé en Russie de "complicité de terrorisme" dans le cadre d'une "enquête criminelle" sur le recrutement de jeunes Russes pour des activités de sabotage par les services spéciaux ukrainiens, a indiqué le FSB dans un communiqué.

Sollicités par l’AFP après cette annonce, ses avocats français n’ont pas souhaité réagir pour le moment.

Le FSB reproche à sa messagerie Telegram de ne pas avoir supprimé un bot de rencontres populaire utilisé, selon Moscou, par les services spéciaux ukrainiens pour entraîner de jeunes Russes "dans des activités terroristes et de sabotage".

Selon le communiqué, 46 citoyens russes âgés d'entre 12 et 22 ans, qui ont utilisé Leo Match Bot, interdit en Russie, ont été arrêtés depuis juillet 2025 dans différentes régions russes pour agression de membres des forces de l'ordre et actes de sabotage contre des infrastructures énergétiques et de transport.

Restrictions

Ils ont tous été contactés sur ce bot par des agents des services spéciaux ukrainiens qui se faisaient passer pour des jeunes filles afin de faire ensuite pression sur eux et leur faire agresser des policiers et incendier des sites d'infrastructure, assure le FSB. 

La Russie, qui mène une offensive à grande échelle en Ukraine depuis février 2022, fait face à des restrictions numériques sans précédent depuis des mois, en restreignant notamment l'accès à Telegram et à une autre messagerie occidentale, WhatsApp.

Ces messageries sont accusées d'être utilisées par les services ukrainiens contre la sécurité du pays.

Pavel Durov est un libertarien revendiqué, chantre de la confidentialité d'internet mais controversé pour son refus de toute modération sur la messagerie Telegram qu'il a cofondée en 2013. Les autorités russes avaient déjà tenté de la bloquer en 2018, avant de renoncer.

Après une interpellation spectaculaire en France à sa descente d'avion en août 2024, Pavel Durov, naturalisé français en 2021, a été mis en examen il y a deux ans par la justice française pour une série d'infractions relevant de la criminalité organisée.

Il lui est reproché de ne pas avoir agi contre les utilisations délictuelles de sa messagerie par ses abonnés, notamment par une absence de modération et de collaboration avec les enquêteurs.

Outre un cautionnement de 5 millions d’euros, son contrôle judiciaire lui interdisait initialement de voyager et l’obligeait à pointer toutes les deux semaines dans un commissariat, mais il a obtenu un assouplissement en 2025.

Dans un premier temps, il a obtenu la levée des mesures lui interdisant de voyager, lui permettant de se rendre à Dubaï, où il s’est établi, puis, dans un deuxième temps, il a obtenu la levée de l'obligation de pointer au commissariat de Nice (sud-est de la France) et il n’est donc plus tenu de revenir en France tous les 14 jours.

Fin juillet, il affirmait sur son compte Telegram s'être rendu en Géorgie, une ex-république soviétique du Caucase.

A voir aussi