Pendant des années, on a parlé des influenceurs comme d’une mode passagère. Des placements de produits, des codes promo, rien de bien sérieux. Les chiffres racontent aujourd’hui une tout autre histoire. En 2026, l’économie des créateurs de contenu pèse 217,3 milliards de dollars dans le monde, d’après le Creator Economy Report 2026 publié par la Paris Creator Week. C’est plus de trois fois plus qu’en 2020.
Le plus frappant, pourtant, ce n’est pas la taille du marché. C’est sa vitesse. D’habitude, un secteur qui grossit finit par ralentir. Celui-ci fait exactement l’inverse : +18,2 % en 2021, +26,2 % cette année. “Peu d’industries peuvent se vanter de doubler tous les 3 ans tout en ayant une croissance qui continue d’accélérer”, se félicite Jokariz, président et cofondateur de la Paris Creator Week. Si la tendance tient, le marché dépasserait 570 milliards de dollars en 2030, puis 1200 milliards en 2033. Cinq fois plus qu’aujourd’hui.
Le carburant de cette croissance, ce sont les marques. Elles financent près de 80 % du secteur, soit 172,8 milliards de dollars, et leur part ne cesse d’augmenter. Les partenariats entre marques et créateurs pèsent à eux seuls la moitié du marché. Abonnements, pourboires, dons et produits dérivés suivent, mais loin derrière.
Les investisseurs font leurs courses
Ce qui n’était qu’une affaire de comptes Instagram est devenu une filière entière. Autour des créateurs, qui touchent 92,6 milliards de dollars, toute une économie s’est installée : plateformes, outils techniques, agences, sociétés de production. Le secteur ferait vivre 5,6 millions d’emplois à temps plein dans le monde.
Et quand un marché devient sérieux, les gros rachètent les petits. 87 entreprises de l’économie des créateurs ont changé de main en 2025, contre 69 un an plus tôt, selon Quartermast Advisors. Cette année, le rythme s’accélère encore, avec 70 rachats rien qu’au premier semestre. C’est surtout en Amérique du Nord que ça se passe : près des deux tiers des entreprises rachetées en 2026 y sont installées, contre 27 % en Europe. Rien d’étonnant, les États-Unis dominent largement le secteur avec 69,8 milliards de dollars, près d’un tiers du marché mondial, loin devant la Chine (26,1 milliards).
La France passe la seconde
La France, elle, accélère nettement. Son marché atteint 10,1 milliards de dollars en 2026, soit +23,7 % en un an. C’est deux fois plus vite que son rythme moyen des cinq dernières années. Résultat : elle se hisse au 7e rang mondial et au 3e rang européen, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais devant le Japon ou la Corée du Sud. Et l’étude prévoit que le marché français double presque d’ici 2029, à 19,2 milliards de dollars.
Le secteur n’a plus rien d’anecdotique dans l’économie du pays : environ 227 000 emplois à temps plein, directs et indirects, et 0,17 % du PIB, bien au-dessus de la moyenne mondiale (0,10 %). Les rachats arrivent aussi : 13 opérations impliquant des acteurs français ont été recensées depuis 2021, dont 6 sur les huit premiers mois de 2026.
Reste un retard à combler du côté des entreprises. Selon une enquête Kolsquare/B2B International citée dans le rapport, 75,3 % des professionnels français estiment avoir dépassé les tout premiers pas de leur stratégie d’influence. Ils sont 86,8 % au Royaume-Uni.
Car l’enjeu ne se limite plus à la pub. Les marques ne demandent plus seulement aux créateurs de faire vendre, mais de construire leur réputation. Aux États-Unis, 35 % des annonceurs qui achètent des contenus de créateurs placent la réputation et la confiance parmi leurs trois priorités, juste derrière la notoriété. En clair, le créateur n’est plus un simple panneau publicitaire. C’est une voix à laquelle son public fait confiance, et c’est précisément ce que les marques viennent acheter.
À noter : l’étude, réalisée par le cabinet Coherent Market Insights avec BNP Paribas et la société Influential, est publiée par les organisateurs de la Paris Creator Week, qui ouvre ses portes ce mercredi à la Grande Halle de la Villette. Les montants 2026 sont des estimations, et les projections reposent sur des hypothèses de croissance.








