Procès de Jair Bolsonaro : ce dont est accusé l’ex-président brésilien

Crédit : Joe Raedle/Getty Images
Désinformation, réunions avec des militaires, plan pour assassiner Lula: le parquet brésilien accuse l'ex-président Jair Bolsonaro d'avoir dirigé une organisation criminelle ayant conspiré pour son maintien au pouvoir, malgré sa défaite électorale en 2022.
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Ce nostalgique de la dictature militaire (1964-1985) encourt environ 40 ans de prison lors de son procès qui entre mardi dans sa phase finale, avec le début des délibérations des juges de la Cour suprême.

L'accusation repose sur des soupçons d'un supposé complot ourdi de longue date, sur plusieurs fronts. 

Selon le parquet, la tentative présumée de coup d'État pour empêcher le retour au pouvoir du président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva ne s'est pas concrétisée faute de soutien du haut commandement militaire.

Jair Bolsonaro, 70 ans, clame son innocence.

Désinformation

Le parquet situe les premiers signes d'un plan putschiste dès 2021, évoquant une campagne de désinformation visant à "disséminer des soupçons de fraude" en amont de la présidentielle de 2022, pour "légitimer une intervention militaire".

L'accusation fait également état d'une réunion où Jair Bolsonaro insinue en juillet 2022 que "tout est en place pour que Lula gagne dès le premier tour, en fraudant".

Jair Bolsonaro tente ensuite de discréditer les urnes électroniques devant un parterre d'ambassadeurs, "pour préparer la communauté internationale au non-respect du résultat des élections", selon le parquet. 

Pour ces propos face aux diplomates, il a été en 2023 déclaré inéligible jusqu'en 2030.

Décret

Après sa défaite au second tour de la présidentielle, fin octobre 2022, Jair Bolsonaro a continué à exercer ses fonctions jusqu'à l'investiture de Lula, le 1er janvier 2023. 

Durant ce laps de temps, il a tenu, selon l'accusation, plusieurs réunions dans sa résidence officielle du palais de l'Alvorada pour évaluer d'éventuelles mesures qui lui permettraient de se maintenir au pouvoir.

Parmi elles, l'élaboration d'un décret prévoyant l'instauration d'un "état de siège" et la convocation de nouvelles élections. 

Son ex-aide de camp Mauro Cid, qui a noué un accord de collaboration avec la justice dans l'espoir d'une remise de peine, a affirmé aux enquêteurs que l'ancien chef de l'Etat avait "reçu, lu" puis "retouché" ce document, présenté ensuite au membres du haut commandement militaire.

"Je lui ai dit que, quoi qu'il arrive, il ne serait pas président le 1er janvier", a affirmé devant la Cour suprême le commandant de l'Armée de l'air de l'époque, Carlos de Almeida Baptista.

"Nous avons juste eu des conversations informelles pour voir s'il existait une hypothèse de dispositif constitutionnel", a argumenté face aux juges l'ex-président, récusant toute idée de coup d'Etat.

Triple assassinat

Le parquet évoque également un plan visant à assassiner Lula, son vice-président élu Geraldo Alckmin et le juge Alexandre de Moraes, chargé du procès de Jair Bolsonaro à la Cour suprême.

Le général Mario Fernandes, alors au service de la présidence Bolsonaro, a confirmé avoir rédigé et imprimé un document détaillant ce plan intitulé "Poignard vert et jaune", couleurs du drapeau du Brésil.

Selon lui, ce document ne contenait que des "réflexions" personnelles, non partagées par la suite avec ses supérieurs.

Le parquet l'accuse au contraire de l'avoir apporté au palais de l'Alvorada pour des "tractations" avec le président Bolsonaro, en vue d'une mise à exécution le 15 décembre 2022, finalement abandonnée.

Émeutes

Jair Bolsonaro a quitté le Brésil deux jours avant l'investiture de Lula.

Il était aux Etats-Unis quand, le 8 janvier 2023, des milliers de ses partisans ont envahi les lieux de pouvoir à Brasilia, réclamant une "intervention militaire", avant d'en être chassés.

Selon le parquet, ces émeutes étaient "l'ultime espoir" des présumés putschistes.

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