300 Md€ pour sauver l'économie française : comment ça marche ?

300 milliards d'euros pour sauver l'économie française, c'est le plan présenté par l'État et la Banque publique d'investissement. Mais comment ça marche, concrètement ?

300 milliards d'euros de prêts garantis par l'État : on vous explique

Ce plan a été présenté par l’État et la Banque publique d’investissement pour aider les entreprises en cette période de confinement. Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, en détaille les contours.

300 milliards d’euros pour sauver l’économie française : c’est le plan présenté le 24 mars dernier par l’État et Bpifrance, la Banque publique d’investissement. Toutes les entreprises peuvent demander ce prêt garanti par l’État à leur banque habituelle.

Plus de 5 milliards d’euros ont déjà demandés par plus de 20.000 entreprises. Ces aides sont destinées à éviter les faillites, alors que dans le BTP, par exemple, 80 % des entreprises sont à l’arrêt, et que plus de 3,6 millions de personnes sont au chômage partiel. Explications de Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d'investissement.

« Les 300 milliards d’euros ne sont pas de la subvention »

Les 300 milliards d’euros ne sont pas de la subvention, ce n’est pas du budget de l’État. Ce sont des crédits accordés par des banques privées françaises. Ce sont vos banques : le Crédit Agricole, la Caisse d’Épargne, la BNP, la Banque Populaire, Cegetel, etc. Ces crédits sont garantis par l’État à 90 %. C’est-à-dire que si ces crédits, dans deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans, ne sont pas remboursés, c’est l’État qui paiera.

Je vais faire un petit calcul, pour que les gens comprennent. Admettons qu’on soit à la fin du mois de mai, et que les entrepreneurs aient demandé 100 milliards d’euros de crédit pour traverser le désert. Et que, sur les 100 milliards d’euros de crédit, il y ait un taux de paume de 10 %, qui est déjà très élevé dans le monde bancaire. Ça ferait 10 % de 100 milliards, c’est égal à 10 milliards d’euros.

« Ces dépenses publiques, c’est de la dette »

10 milliards d’euros, ça veut dire que ça coûtera 9 milliards à l’État et 1 milliard aux banques. 1 milliard partagé entre toutes les banques et 9 milliards pour l’État. Là, on est dans un scénario qui pour moi est le pire du pire. Pour l’instant, je n’y crois pas. Je pense qu’on sera beaucoup plus bas que ça.

Donc la question que vous posez, c’est : où est-ce que l’État va trouver 9 milliards ? Et pas « 300 milliards ». 9 milliards, c’est ce que coûte le chômage partiel en ce moment, par mois. Donc l’État sait faire ça. La question, c’est : « Est-ce qu’on les a, les 9 milliards ? » Et la réponse est non. De toute façon, ces dépenses publiques, c’est de la dette.

« Ce prêt peut aller jusqu’à un tiers du chiffre d’affaire 2019 »

Les cas d’exclusion pure sont relativement limités. Ce sont évidemment des entreprises qui sont en cessation de paiement au 1er janvier, ça, on peut le comprendre. Les entreprises dites en difficulté, ce sont celles qui ont perdu plus de la moitié de leurs fonds propres dans la dernière année et les entreprises en règlement judiciaire. Toutes les autres sont éligibles au prêt garanti par l’État aujourd’hui.

Ce prêt garanti par l’État peut aller jusqu’à un tiers du chiffre d’affaire 2019 de l’entreprise. Pour une startup, il peut aller jusqu’à deux années de masse salariale, donc il est assez généreux en montant. Il est très peu cher, puisqu’il est à 0,25 % et remboursable sur un an, deux ans, trois ans, quatre ans ou cinq ans, au choix de l’entrepreneur. La philosophie est très simple : on fait une avance sur recettes, recettes qui auraient dû être celles de l’entrepreneur dans les mois de mars, avril ou mai.

« Il y a eu une transmission de l’animal à l’humain, il ne faut pas de transmission de l’humain à l’économie »

Le vaisseau est atteint par une torpille qui s’appelle Covid-19, et donc une épidémie. Et une épidémie, c’est éphémère. Le but du jeu, c’est qu’il n’y ait pas un lien de transmission. C’est terrible à dire, mais il y a eu une transmission de l’animal à l’humain, la frontière des espèces a été franchie. Il ne faut pas qu’il y ait une transmission de l’humain à l’économie. Il faut qu’on sorte de l’épidémie assez rapidement.

La mesure prise sur le chômage partiel est incroyablement généreuse, la plus généreuse d’Europe. L’État a par ailleurs mis en œuvre un fonds de sécurité et de solidarité pour les travailleurs indépendants, ceux qui ne sont couverts par aucun dispositif, pouvant aller jusqu’à 2.000 euros par personne. Enfin, il y a le grand pont aérien de cash, plus le report des charges fiscales et sociales, plus, dans un certain nombre de cas, le report des frais de loyer, une grande solidarité nationale…

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Brut.
6 avril 2020 11:33