Katharine Gun a essayé d'empêcher la guerre en Irak

Simple traductrice pour les services secrets britanniques, elle a révélé comment les États-Unis tentaient d'obtenir des informations compromettantes sur certains membres du Conseil de sécurité de l'ONU afin de les contraindre à voter pour l'invasion. Katharine Gun raconte.

Katharine Gun, la lanceuse d’alerte qui a tenté de stopper la guerre en Irak

En 2003, elle a révélé un complot qui visait à contraindre les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à voter en faveur d’une invasion américaine en Irak.

Tout a commencé avec un mail. En 2003, Katharine Gun, traductrice pour le gouvernement britannique, reçoit un message de la NSA, l’Agence nationale de sécurité américaine. Il est adressé à 100 personnes de le GCHQ, l’Agence de renseignement britannique. Elle raconte.

“Il était envoyé par un homme, Frank Koza, qui dirigeait la section « cibles régionales » à la NSA. Il voulait que les renseignements britanniques rassemblent les informations qu’ils avaient collectées concernant six pays membres non permanents qui siégeaient au Conseil de sécurité. Ces États cherchaient à obtenir des informations sur des diplomates pour les « motiver » à voter en faveur de la résolution. En d’autres termes, ils voulaient les faire chanter, les menacer, les soudoyer pour qu’ils votent en faveur de cette résolution. Ça leur aurait donné une protection légale pour mener la guerre en Irak. Ils auraient eu l’autorisation de l’ONU.”

“J’ai eu l’impression d’être prise pour cible”

À l’époque, elle décide de communiquer ce mail à la presse britannique. “Dès qu’on prend ce genre de décision, on sait qu’on fait quelque chose qu’on n’est pas censé faire, du point de vue de la loi. J’ai immédiatement eu comme l’impression d’être prise pour cible. Je m’efforçais vraiment de garder un semblant de normalité, mais mon cœur était toujours très… J’étais très nerveuse. Jusqu’à ce que je quitte le GCHQ et que je pousse un soupir de soulagement.”

L’affaire fait la une des journaux et pousse les renseignements britanniques à interroger le service de Katharine Gun.

“J’ai d’abord essayé de nier toute implication lors de mon interrogatoire avec le GCHQ, mais je n’avais pas la conscience tranquille. J’étais rongée par la culpabilité et je savais très bien que je ne pouvais pas continuer à faire semblant au travail et prétendre que je n’y étais pour rien. Le lendemain, j’y suis retournée pour tout avouer à mon supérieur hiérarchique.”

Elle est accusée de trahison

Accusée de trahison, elle se défend et dénonce une invasion illégale. “Mon équipe juridique a eu la bonne idée de plaider la défense dite « de nécessité », car ils pensaient que ça pouvait correspondre à mon intention qui était d’empêcher les pertes humaines, de ne pas nuire aux autres, même si je devais enfreindre la loi pour le faire.”

Malgré l’opposition de l’ONU, les Etats ont mené plus de huit ans de guerre en Irak.

“Dans le fond, ce qui me console, c’est de savoir que mes actions ont permis d’éviter que l’ONU vote cette résolution.”

En 2004, l’affaire est portée devant les tribunaux. En 30 minutes, l’affaire est abandonnée, faute de preuve du côté de l'accusation.

“Tout a été révélé au compte-gouttes beaucoup plus tard”

“D’une certaine façon, j’ai quelques regrets, aussi bizarre que cela puisse paraître. Je me demande ce que ça aurait changé d’un point de vue historique si l’affaire avait été menée jusqu’au bout. Parce qu’on aurait essayé de poursuivre ça en justice, de déterminer si la guerre était légale. Je pense que ça aurait fait beaucoup de bruit, à l’époque, en 2004, mais tout a été révélé au compte-gouttes beaucoup plus tard, sans avoir suffisamment d’impact. Alors que si ça avait été révélé lors d’un procès, qui aurait été fortement politisé et médiatisé, ça aurait eu un impact plus important. Et qui sait quelle en aurait été l’issue…”

Le film Official Secrets, avec Keira Knightley dans le rôle principal, s’inspire de l'histoire de Katharine Gun. Il est sorti le 2 janvier 2020 en e-Cinéma.

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Brut.