L'émouvant discours de la Première ministre d'Estonie à propos de l’Ukraine

Sa famille a été déportée en Sibérie par Staline. Face au Parlement européen, Kaja Kallas, Première ministre estonienne, appelle à la solidarité envers l’Ukraine.

“Je suis la fille de déportés envoyés par Staline en Sibérie”

Alors que le début de la guerre en Ukraine a éclaté il y a plusieurs semaines, le 9 mars 2022, Kaja Kallas, la Première ministre estonienne, a prononcé un discours émouvant face au Parlement européen. Voici ce qu’elle a dit.

“La gentillesse des inconnus, c’est quelque chose que je connais. Comme beaucoup d’entre vous le savent, je suis la fille de déportés envoyés par Staline en Sibérie. Ma mère n’avait que six mois quand elle a été emmenée dans un wagon bétailler avec sa mère et sa grand-mère vers ce que les Estoniens appellent “la terre froide”.

C’est un inconnu qui a donné à ma grand-mère le pot de lait qui a permis à ma mère de survivre pendant ce voyage. Ce sont des inconnus qui ont séché ses couches contre leur peau, la seule source de chaleur dans le wagon bétailler. Et ce sont des inconnus qui leur ont offert une aide inestimable quand elles ont pu revenir en Estonie.

“Cela fait 78 ans que l’Armée rouge a rasé ma ville natale, Tallinn”

On peut donc dire que nous, les Estoniens, avons une expérience de la déportation et savons ce que c’est de fuir la guerre. Nous connaissons aussi la Russie, d’une façon que nous essayons de partager avec l’Union européenne depuis que nous l’avons rejointe.

Cela fait 78 ans aujourd’hui que l’Armée rouge a rasé ma ville natale, Tallinn, à coup de bombes. Mais ma mère, ce bébé dont le premier voyage était vers la Sibérie, m’a toujours répété qu’il était impoli de dire “je vous l’avais dit”.

“Poutine va nous mettre à l’épreuve, nous devons lui résister”

Madame la présidente, chers députés, nous sommes dans une situation qui va durer. Nous allons devoir faire preuve d’une patience stratégique, car la paix ne surviendra pas demain. La Russie s’attend à ce que nous reculions sous peu.

Comme Dmitri Medvedev l’a expliqué à Vladimir Poutine lors d’une récente réunion publique du Conseil de sécurité russe, je cite : “Tôt ou tard, l’Occident se fatiguera de sa propre initiative. Ils viendront nous demander de revenir aux discussions et aux négociations concernant toutes les questions de sécurité stratégique.” Fin de la citation.

Poutine viendra nous mettre à l’épreuve, et oui, nous devrons lui résister. Ça signifie que nous devons continuer à soutenir ceux qui se battent pour l’indépendance de l’Ukraine, tout en laissant le temps aux sanctions et aux mesures d’isolement de la Russie de prendre toute leur ampleur. Cela demandera un effort continu de notre part à tous. Nous devons aussi penser à l’avenir.

Faire entrer l’Ukraine dans l’UE, “c’est un devoir moral que nous avons”

Madame la présidente, chers députés. L’Ukraine a été attaquée en 2014 car elle voulait rejoindre l’Union européenne. Et elle a été attaquée par les armes le 24 février car elle cherchait à prendre sa place légitime parmi nous.

Il est dans notre intérêt que l’Ukraine devienne plus stable, plus prospère et que ses fondations s’appuient solidement sur l’État de droit. Je sais, à travers l’expérience de l’Estonie, que cela fonctionne ainsi. Mais ce n’est pas seulement dans notre intérêt de donner à l’Ukraine une perspective d’entrée dans l’Union, c’est aussi un devoir moral que nous avons.”

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Brut.