Mal de mères : le regret d'être mère à vie

Elles ont eu un enfant et le regrettent. Brut est allé à la rencontre de l’une de ces femmes, malheureuse d'être mère. Elle témoigne.

“Leurs enfants, pour elles, ce sont des étrangers”


“Je me suis rendu compte depuis la naissance de mes enfants que ce n’était pas un épanouissement et que je ressentais un réel regret d’avoir enfanté.” Cette sensation, elles sont plusieurs à le ressentir. Ce regret de maternité est même plutôt courant, malgré les idées reçues, comme l'explique Stéphanie Thomas, autrice de Mal de Mères. “Il y a une étude récente de chercheurs polonais. D’après eux, 10 % des personnes interrogées, des parents interrogés, regrettaient d’avoir leurs enfants.”
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Une situation difficile au quotidien


Elle continue : “Quand on a un enfant, généralement, on a le sentiment qu’il est le prolongement de soi. Et c’est pour ça qu’on peut s’occuper du bébé et, de toute façon, le bébé a besoin d’une grande personne pour s’en occuper. Ces femmes, pour elles, c’est un étranger. Ça pourrait être le fils de la voisine, le fils de leur sœur, elles se sentent obligées et responsables de s’en occuper, mais c’est un étranger.”
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“Le plus dur au quotidien pour ces femmes, c’est faire prendre le bain, amener au parc, amener à l’école, lire les histoires, faire les devoirs… Et ça, elles le font comme des robots. Pour une personne qui ne regrette pas, c’est presque un plaisir, parfois. Mais pour ces femmes, ça prend des proportions énormes. C’est une montagne. Ça n’a pas de sens. C’est de l’automatisme”, ajoute Stéphanie Thomas.
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Des mères exemplaires


“En revanche, ce qui se passe avec ces mères qui regrettent d’être mères, c’est, pour combler une forme de maternité, elles redoublent d’efforts et ça devient des mères exemplaires, des mères qui vont s’occuper, plus que la moyenne, de leurs enfants”, explique Stéphanie Thomas. Une mère, qui a décidé de témoigner sous couvert d’anonymat, confirme cela. “J’étais prête à tout faire à la minute pour eux. Peut-être que c’était pour compenser cette attitude qui ne venait pas, c’est-à-dire cet instinct maternel qui ne venait pas.”
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Ce sentiment est lié à la relation que ces femmes ont avec leur propre mère. La témoin a notamment vécu difficilement avec sa maman, qui était dépressive et alcoolique. “Moi, d’avoir mis des enfants au monde, évidemment, ça me replonge dans ce que j’ai pu vivre. Et quelque part, il y a l’avantage que je ne pourrai jamais avoir son attitude de personne humiliante, de personne qui m’insultait, de personne qui me tapait… Il y avait un martinet à la maison, à l’époque. C’était ça, dans les familles. Et du coup, je suis complètement à l’opposé de ce que j’ai pu vivre. Tout ce qui est affectif, je n’y parviens pas. En revanche, tout ce qui est maltraitance, ce sera impossible.”
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