La discrimination par les accents

Oui, on peut être discriminé à cause de son accent.

La glottophobie : la discrimination liée à l’accent

Il marque une appartenance qui peut s’avérer discriminante, notamment dans un cadre professionnel, analyse le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus.

Marseillais, ch’ti, de l’Est, brestois, titi parisien… La France compte un nombre incalculable d’accents. Toutefois, tous ne sont pas logés à la même enseigne. « Certains groupes vont plus ou moins imposer une norme, une façon de parler. Si vous collez, c'est bon, vous passez inaperçu. Si vous ne collez pas, on va vous le faire ressentir, et là, il peut y avoir une forme de discrimination », développe le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus. Pour Brut, il explique en quoi un accent pour être un frein social.

Les métiers de la parole pénalisés

Une discrimination à l'accent, ça peut être le cas des accents du Sud. On peut vous dire : « Vous avez un accent sympa, c'est chantant, on entend le soleil, les vacances. » Ça peut être très positif, mais le revers de la médaille, c'est que ça ne fait pas sérieux. Et quand ce n'est pas sérieux, ça veut dire que si l’on doit vous confier une tâche sérieuse, votre accent ne collera pas.

On a plein d'exemples concrets, notamment de personnes qui travaillent dans le domaine de la parole, comme les journalistes, les comédiens, les chanteurs, les profs, les avocats ou les vendeurs. Au cours des enquêtes que j'ai pu mener sur les accents du Sud, j’ai réalisé que nombreux étaient les journalistes à qui l'on avait dit : « Avec un accent comme ça, vous ne pouvez pas faire de la politique. » On cite toujours l'exception de Jean-Michel Aphatie… mais c’est l'exception qui confirme la règle.

L’accent du Sud considéré comme peu sérieux

Je pense aussi à Francis Cabrel, à qui l’on a dit qu’il ne fallait pas dire « des milliers de roses » mais « des milliers de rauses » quand il a enregistré la chanson Petite Marie. Ça peut être aussi quelqu'un qui postule pour une émission littéraire ou culturelle, par exemple. J’ai connu un homme qui avait appelé Arte pour une candidature. On lui a dit : « Non, Monsieur, vous n'y pensez pas, c'est une émission culturelle, et avec votre accent… »

Souvent, le parler dit « de la capitale », le parler du pouvoir, est considéré comme le plus prestigieux, ou en tout cas le plus normatif, le plus normé, donc le plus normal. Même si c'est un parler parmi d'autres, ou un accent parmi d'autres. À partir de cet accent, on va établir une sorte de mesure, d'étalon. Et on va comparer les façons de parler en fonction de cette norme-là.

En général, les accents dits « provinciaux » sont considérés plus négativement. On les pense moins sérieux, plus ouvriers, plus populaires, plus ceci, plus cela… Mais l'accent parisien, ce n'est pas la norme de référence ! Il y a des accents parisiens, aussi. Il y a un français populaire parisien qu'on appelle l'accent des « titis parisiens » ou des faubourgs. Et l'accent du 93 de la région parisienne, ce n'est pas l'accent standard. C'est très compliqué, cette question d'accents. Et c'est passionnant.

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Brut.