Le combat des parents séparés de leurs enfants franco-japonais

Marine se bat pour revoir son fils de 4 ans parti au Japon avec son père suite à une décision de justice controversée. Elle pourrait ne pas le revoir avant sa majorité.

Japon : pas de garde partagée, des enfants enlevés

Au Japon, en cas de séparation, la justice ne reconnaît pas la garde partagée, et le droit de visite n’existe nulle part. Certains parents sont totalement séparés de leur enfant jusqu’à leur majorité.

« Je continuerai à me battre jusqu’au bout pour Louis. Je me dis qu’un jour, je le reverrai, même si c’est quand il aura 20 ans. » Marine, française, se bat pour revoir son fils, Louis, né il y a quatre ans au Japon d’un père japonais. En application de la convention de La Haye, qui prévoit le retour d’un mineur vers son pays de résidence en cas de conflit entre les parents, le père de Louis a obtenu le retour du petit garçon au Japon.

« Si je vais au Japon, je risque d’être mise en garde à vue »

« Il faut que ça se sache ! Et il faut que ça bouge pour tous ces enfants. Nous, évidemment, on est tristes parce que ce sont nos enfants, mais les enfants aussi peuvent ne pas se sentir bien. Il faut penser à eux », alerte Marine. Au Japon, en cas de séparation, la justice ne reconnaît pas la garde partagée : elle confie l’autorité parentale uniquement à l’un des deux parents - le plus souvent la mère - et le droit de visite n’existe nulle part. Marine pourrait ainsi ne pas revoir son enfant avant sa majorité. Pourtant, selon la loi française, elle dispose toujours de la garde partagée.

Marine poursuit : « Le 26 décembre, le père est venu chercher Louis. Depuis, je n’ai quasiment aucun contact, sachant que j’ai toujours l’autorité parentale et conjointe et la garde conjointe. Maintenant qu’il est parti, les autorités françaises me disent qu’elles ne peuvent plus rien faire. Si je vais au Japon, je risque d’être mise en garde à vue, comme c’est arrivé à plein de parents, et comme ça arrive toujours. Actuellement, un père français est en garde à vue depuis le 18 janvier 2020. »

Une centaine de parents français concernés

« Que ce soit l’Ambassade ou le Consulat, on ne peut pas me promettre la sécurité, déplore Marine. Avec toutes les actions qu’on fait, tous les articles de presse… C’est pas du tout une partie de plaisir de faire des interviews et de me montrer dans la presse, comme j’ai pu lu lire dans certains commentaires ! Je le fais pour Louis. Je me dis que maintenant, tout le monde a Internet. Les enfants accèdent à Internet à 12 ou 13 ans. Peu importe ce que dit son père à Louis et peu importe si je n’ai plus de contacts avec lui. Le jour où il me cherchera, en tapant son nom, il verra les articles de presse et tout ce qu’on a fait. »

Il y aurait aujourd’hui plus d’une centaine de parents français, principalement des hommes, qui ne peuvent légalement plus voir leur enfant sur le sol japonais. Le 26 juin 2019, Emmanuel Macron s’était exprimé sur le sujet : « Un très gros travail est fait par l’ambassade. Nous le menons aussi sur le plan consulaire. Pour que, au-delà des pratiques, des habitudes qui sont parfois installées dans les moeurs, les droits de chacun puissent être défendus. »

Une loi datant de l’ère Meiji

Dans certains cas, les enfants sont tout simplement enlevés par le parent japonais, protégé, lui, par le code civil. « C’est ce qu’ils appellent le droit de la continuité : c’est le premier parent qui part, qui enlève l’enfant, qui le garde », explique Richard Yung, sénateur des Français de l’étranger. Si le parent lésé cherche à voir ses enfants, il risque des poursuites. Au Japon, un enfant sur six aurait perdu tout contact avec un de ses parents, qu’il soit japonais ou étranger.

« Il faut savoir que la loi japonaise date de l’ère Meiji, il y a plus de 150 ans. Cette loi familiale n’a jamais été changée, développe Thierry Consigny, conseiller consulaire au Japon. Un enfant dans un foyer monoparental ne va plus avoir accès non seulement au père ou à la mère, mais également à toute la famille du parent laissé pour compte. Cet enfant pourra aussi changer de nom, simplement sur la volonté de l’autre parent. Souvent, en faisant appel à la loi sur les violences domestiques ou sur le harcèlement, l’autre parent arrive à limiter complètement toute tentative de l’autre parent de voir l’enfant, voire de le faire emprisonner 24 jours, puis encore 24 jours, voire une centaine de jours, comme ça a déjà été le cas. »

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Brut.
4 février 2020 19:39