retour

Ulrich, camerounais, raconte son premier jour en France

En 2017, Ulrich débarque à Saint-Brieuc après un long périple depuis le Cameroun. Son premier jour en France, voilà comment il l'a vécu.

Ulrich, camerounais, se rappelle de son premier jour en France

Ce jeune Camerounais a fui les bidonvilles de son pays. Aujourd’hui, il publie un livre, « Boza ! », aux éditions Philppe Rey.

« Quand je suis arrivé, j’étais déçu. J’étais très déçu, même. Gros choc : tu imagines, la ville n’est pas celle à laquelle tu pensais. Quand on voit Bordeaux à la télé, ce sont de grands immeubles, et tout. Des rues plus grandes. Mais très vite, tu te rends compte que la réalité, c’est pas ce que tu penses. » Ulrich est arrivé en France à 16 ans. Mais au lieu du Sud-Ouest, c’est à Saint-Brieuc qu’il a atterri. Pour Brut, il raconte ses premiers souvenirs de la France.

« La nuit, je me suis couché dehors »

Quand je suis arrivé, j’avais 16 ans. La destination, c’était Bordeaux, dans ma tête. Jamais je ne me suis dit que je viendrais ici ! Je ne connais pas Saint-Brieuc. Il n’y a personne en Afrique qui connaisse Saint-Brieuc, d’ailleurs. La plupart des potes qui sont rentrés avant moi sont à Bordeaux, d’autres sont à Nantes. Alors je me suis dit : « Ok, à Bordeaux, il y a la communauté, on est ensemble, on va se retrouver. »

La nuit, je me suis couché dehors en fonction du courant d’air. C’est un peu le rêve qui s’effrite, tu vois. La désolation. L’amertume. Le seum. Tu as fantasmé un truc. Tu voulais arriver en France, maintenant tu es en France. Qu’est-ce que tu fais ? Tu dors dehors. Là, tu comprends que tu as tout perdu. Le matin, je suis allé au commissariat. Je leur ai dit : « Je viens d’arriver en France. Je sais pas où aller. Je sais pas quoi faire. Je sais pas où dormir. »

« Je passais toutes mes journées dans un centre commercial »

Les policiers m’ont alors accompagné au conseil départemental. Là, ils m’ont fait une évaluation, ils m’ont posé des questions. Puis ils m’ont amené à l’auberge de jeunesse, où j’ai dormi 10 nuits. Après, ils m’ont mis dehors. Je passais toutes mes journées dans un centre commercial, où il y a plusieurs boutiques de commerces. Pour certains, ça doit être désagréable de rester là, mais pas pour nous. Au moins, il y du monde. Moi, je venais aussi là parce qu’il y a du Wifi. 

En soirée, à partir de minuit, une heure, deux heures, je dormais. Je me levais très tôt, à 5 heures. Et je descendais, j’allais à la gare pour prendre du chaud. Après la gare, je rentrais dans la bibliothèque pour prendre du chaud, et à midi, je ressortais pour rejoindre certains potes. Je me disais qu’un jour, tout ça allait se terminer. Que j’aurais les papiers, le titre de séjour, que je réaliserais mes rêves. Je voulais continuer l’école. 

« J’ai connu huit familles au total »

Un jour, un mec m’a dit : « Il y a un monsieur aveugle qui a aidé pas mal de gens comme toi, et après, ils ont eu des papiers, ils ont trouvé une maison où dormir, ils ont trouvé ci, ils ont trouvé ça. » Monsieur Deschamps, c’est un monsieur aveugle. Mais nous, on dit qu’il voit, parce qu’il il fait des trucs que les voyants ne font pas. Il réussit à décanter les situations alors que lui-même a besoin d’aide.

Le même mec m’a dit : « Mercredi, il faut que tu ailles à l’association ASTI, tu dis que tu viens de la part de monsieur Deschamps, et ils vont te trouver un logement. » J’y suis allé, et j’ai vu une dame, Lucie. J’ai dormi la première nuit chez elle, c’est la plus belle nuit que j’ai passée en France. Je suis resté là 10 jours avant de changer de famille. J’ai connu huit familles au total. 

Il traverse le Nigéria, le Niger, l’Algérie, le Maroc et l’Espagne

J’ai fait le Cameroun et le Nigéria. Après le Nigéria, je suis allé au Niger. Après le Niger, en Algérie. Après l’Algérie, j’ai fait le Maroc. Après le Maroc, j’ai fait l’Espagne. Et après l’Espagne, je suis arrivé en France. Je suis parti en juin 2016 et je suis arrivé en septembre 2017.

En ce moment, je suis scolarisé en classe de Terminale S1. La première fois que je suis arrivé au lycée, c’était en plein cours. Certains ont vu une nouvelle personne, une nouvelle couleur. Ils n’ont pas trop compris pourquoi. Ils ont été très accueillants, c’était un truc de ouf.  Je rentre dans une salle vachement équipée, où on projette le cours au tableau, on distribue le cours… C’est plus comme chez nous où tu dois photocopier avec tes propres sous ! C’est là où j’ai compris : ça c’est l’Europe, ça c’est la France.

« Les professeurs, vraiment, ils font un travail de ouf ! »

Je viens de temps en temps sur le port pour diluer mes idées. Parfois, j’étouffe. Je pense à ceux qui sont chez moi. À mes parents, à mes proches, à ceux qui me manquent. Et je ne suis pas bien. Alors j’essaie de marcher pour chasser ça.

Si il y a un truc que je retiens de tout ce que j’ai vécu en France, c’est l’accueil. Et l’attention des profs. Les professeurs, vraiment, ils font un travail de ouf ! J’aimerais leur rendre hommage. Je pense aussi aux associations, qui militent et se battent pour la réussite des migrants, pour l’acquisition de nos papiers.

07/02/2020 08:04mise à jour : 07/02/2020 09:31
  • 9.6M
  • 5.5K

958 commentaires

  • Elisabeth V.
    2 jours

    Pourquoi il est bpas reste chez lui

  • Mounier R.
    2 jours

    Pour tous vos soucis de couple soit votre femme/ hommes vous a quittés ou vous avez de problème fasse à la justice et même autres problème et il réalise aussi les portefeuilles magique sans conséquence qui produisent l argent contacter ce vieux papa +229 60 63 85 77 WhatsApp il est capable

  • Mesange B.
    3 jours

    Et si moi j arrive au Cameroun, est ce qu'on va s'occuper de moi ? Me loger gratis, me nourrir ??

  • Kevin S.
    6 jours

    Si tu les migrants était comme lui

  • Bernard S.
    20/07/2021 22:31

    Super ce jeune !

  • Clark H.
    20/07/2021 21:59

    Moi, c'est ça dernière phrase qui m'a marquée. Je cite " Nous sommes tous des humains, si nous sommes arrivés ici c'est que ça ne va pas derrière. On veut juste être reconnue comme des humains c'est tout. "

  • Florian M.
    20/07/2021 21:29

    À chacun ces problème allez bonne semaine 😉

  • Manon R.
    20/07/2021 20:16

    son livre doit être trop bien aussi !!!

  • Catherine H.
    20/07/2021 16:38

    qui connait la vérité à part ceux qui travaillent en 1er ligne !!!

  • Manon D.
    20/07/2021 16:22

    Waou. J'avais déjà lu ce livre et je me disais, tiens, on dirait "Boza!" qui m'avait boulversé. Et je capte à la fin qu'il s'agit du même Ulrich... wow. BRavo, bravo, bravo. Avec ce livre j'ai fait le choix d'aider dans des asso. Merci Ulrich pour ce livre et ce beau témoignage. Que le meilleur t'arrive à présent

  • Antony C.
    20/07/2021 15:45

    Donc il vient en France pour retrouver sa communauté Africaine… ????!?!?!?!?!!!! 🤔

  • Laïka M.
    20/07/2021 14:16

    Bah! Désolée l'ami. Mais si tu viens sans un sou en poche et personne pour t'accueillir, c normal que tpca soit arrivé les premières nuits. 💁 c la vie. Personne n'allait d'inviter le premier jour, ils te connaissent pas. Ils se méfient. Normal

  • Cam P.
    20/07/2021 10:37

    Ce livre est très bien écrit... je l'ai lu en une journée... tu as le mérite de raconter ce que vivent d'autres personnes...mais toujours avec la même étoile: l'espoir de jours meilleurs!

  • Farah C.
    20/07/2021 09:41

    un grand bravo jeune homme avec beaucoup de courages et beaucoup d'humilités à revendre une très leçon de vie bonne chance toi

  • Mohamed L.
    20/07/2021 09:40

    👍🏻

  • Lion R.
    20/07/2021 08:11

    ben retourne d ou tu viens

  • Mariana R.
    20/07/2021 07:37

    Bravo bravo bravo 👏👏👏👏

  • Be A.
    20/07/2021 05:47

    👏👏 Bravo Ulrich!

  • Berenger L.
    20/07/2021 02:12

    Do you want this book!?

  • Delphine T.
    19/07/2021 22:49

    Si jeune et pourtant déjà un homme 🙏👏👏❤