Les arrêtés préfectoraux au sein de la Ligue 1

Les arrêtés préfectoraux limitant les déplacements de supporters de foot ne cessent de se multiplier ces derniers mois en France. Entre les autorités et les ultras, l’incompréhension grandit...

Ligue 1 : des arrêtés préfectoraux pour limiter les déplacements des supporters

Interdire les déplacements des supporters de foot à l'extérieur, c'est l'objet des arrêtés préfectoraux et ministériels qui se multiplient depuis des mois. « Je suis interdit de stade parce que, tout simplement, je me suis rendu dans une zone, un périmètre, qui était dans un arrêté préfectoral » témoigne Florian 28 ans. Ce supporter de Strasbourg raconte comment il a été interdit de stade.

Alors que Florian s’apprête à suivre le Racing de Strasbourg en déplacement à Nîmes, un arrêté tombe, quelques jours avant le match. Cette disposition interdit d’accès tout un périmètre dans la ville de Nîmes. Selon Florian, les raisons ne sont « pas très claires » et cet arrêté est « un peu injustifié ». Avec d’autres supporters, il décide de se rendre dans la zone, de manière pacifique et en suivant les consignes de l’arrêté qui interdit les signes distinctifs dans le périmètre.

« On y est allés sans écharpe, sans tee-shirt, sans veste, et à peine arrivés en gare de Nîmes, on s'est fait accueillir par la police » raconte Florian, supporter du Racing de Strasbourg. « C'était une action pacifique pour montrer que l'arrêté ne tenait à rien, c'était infondé » assure Florian. À la sortie du train, la police encercle les supporters. « On nous a rien dit, on a patienté. Nous, bêtement, on s'est dit : il n'y a pas de soucis, on va nous mettre dans un bus et on va aller au stade » se souvient Florian.

49 supporters interdits de stade pour 3 mois

Après « contrôles d'identité, photos, et fouilles, ils ont fait venir nos bus, ils nous ont fait monter dedans et ils nous ont renvoyés à Strasbourg, sans voir le match » poursuit le supporter du Racing de Strasbourg. « 49 d'entre nous ont été interdits de stade pendant 3 mois pour les matchs du Racing à l'extérieur. Donc, en dehors du stade la Meinau. Du coup, on est obligés d'aller pointer, signer un papier en gendarmerie ou au commissariat pour prouver qu'on ne fait pas le déplacement » précise Florian.

« On était clairement au courant, c'était volontaire » assure le supporter du Racing de Strasbourg. Il assure que leur but était de montrer que l'arrêté est infondé. Pour ce supporter, c’est un problème généralisé : « Tous les week-ends, il y a des arrêtés aussi infondés que le nôtre ».

Des arrêtés justifiés par la crainte d’affrontements

Des arrêtés de ce genre ont été notamment mis en place à Reims et Nîmes. Ils sont justifiés par des craintes d'affrontements entre supporters rivaux, par un manque de disponibilité des forces de l’ordre, déjà mobilisés sur des évènements comme le sommet du G7. Pour les matchs sensibles, « on est obligés de mettre en place des dispositifs extrêmement conséquents » défend Antoine Mordacq, chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme.

Ces arrêtés existent depuis 2011. Les limitations de déplacement des supporters sont définies par le préfet de la région concernée. Les interdictions de déplacement, par le ministère de l'Intérieur. Lors de la 2ème journée de la saison 2019-2020 de Ligue 1, la moitié des matchs a été concernée par un arrêté. « Ça part d'un a priori qui dirait que les supporters, et surtout les supporters ultras, ce sont des beaufs avinés, violents et racistes » estime James Rophé, porte-parole de l'Association nationale des supporters. Il dénonce une caricature qui ne reflète pas la réalité.

Le porte-parole de l'Association nationale des supporters dénonce également l’inefficacité de ces mesures : « On a l'impression que l'État et leurs représentants ne sont plus là pour assurer nos libertés et notre sécurité, mais pour interdire » déclare James Rophé. Lors de la saison 2018-2019, 101 matchs ont été touchés par un arrêté, soit environ une rencontre sur huit.

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Brut.