À 23 ans, il quitte le Japon sans parler français, aujourd'hui, il est chef étoilé à Paris

Crédit : Alice Casenave
Masaki Nagao est à la tête du Pilgrim, restaurant parisien récemment récompensé d'une étoile Michelin. Le chef japonais revient sur son arrivée en France et sur le parcours qui l'a mené jusqu'à cette distinction.
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Le service vient de s'achever au Pilgrim. Cette adresse discrète de la rue Nicolas-Charlet, dans le 15ᵉ arrondissement de Paris.

Dans la cuisine, le bruit des casseroles laisse peu à peu place au silence. Les cuisiniers essuient leur plan de travail, rangent les derniers couteaux. On devine le tumulte qui régnait quelques minutes plus tôt.

“Je ne pouvais pas imaginer un jour finir chef étoilé”

Veste blanche impeccablement repassée, regard doux, sourire timide. Rien, dans son attitude, ne laisse imaginer le chemin parcouru par Masaki Nagao.

“Je ne pouvais pas imaginer un jour finir chef étoilé.”

Pour comprendre cette histoire, il faut remonter bien avant l’étoile Michelin. Bien avant la France.

"Le pâté en croûte, ça a été une révélation pour moi.

Au Japon, depuis tout jeune, Masaki observe sa mère derrière les fourneaux. C'est avec elle qu'il apprend ses premiers gestes. À 13 ans, il prépare déjà régulièrement les repas de la maison. À l'époque, il ne rêve pas d'étoiles ni de reconnaissance. Il aime simplement cuisiner.

Puis vient une rencontre inattendue : le pâté en croûte.

“Le pâté en croûte, ça a été une révélation pour moi.”

Ce classique de la gastronomie française agit comme un déclic. Il décide alors qu'il ira apprendre cette cuisine là où elle est née.

Pas un mot de français

À 23 ans, il quitte le Japon pour la France.

Direction Toulouse.

Son premier poste l'attend dans un bistrot. Mais dès son arrivée, la réalité le rattrape : il ne parle pas un mot de français.

“C'était très dur. Quand on me demandait quelque chose, je ne comprenais pas.”

Chaque journée devient un défi : comprendre les consignes, lire les étiquettes, échanger avec ses collègues. Alors, tous les week-ends, il prend des cours de français. Il apprend une nouvelle langue, un nouvel alphabet, tout en découvrant les techniques de la cuisine française.

Beaucoup auraient été tentés d'apporter leur propre culture culinaire. Lui choisit le chemin inverse.

“Je suis venu en France pour apprendre la cuisine française, avec des produits français et avec des Français.”

Pendant des années, il observe, reproduit, perfectionne, jusqu’à faire de cette cuisine la sienne.

Les clients sont parfois surpris.

“Quand les clients découvrent que c'est moi le chef, ils me disent : c'est incroyable qu'un Japonais fasse un pâté en croûte aussi bon.”

Il raconte ces réactions sans amertume, avec le sourire de quelqu'un qui sait que sa cuisine répond mieux que les mots.

Une étoile à Paris

Même après toutes ces années passées en France, certaines barrières demeurent. Les démarches administratives lui rappellent régulièrement qu'il reste un étranger.

“Il y a toujours les problèmes de visa... Je ne suis toujours pas français.”

Pourtant, derrière les portes de la cuisine du Pilgrim, cette frontière disparaît.

À 23 ans, Masaki Nagao quittait le Japon sans parler français pour apprendre une cuisine étrangère. Aujourd’hui, c’est cette même cuisine qu’il transmet à son tour, dans les assiettes du Pilgrim.

Dans ce restaurant étoilé parisien, il prépare les plats les plus emblématiques du patrimoine français.

Comme si, finalement, un pâté en croûte avait changé le cours de sa vie.

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