À Marciac, la musique façonne le territoire

Les 20 et 21 juillet, La Tribune Dimanche et Brut. et de la Région Occitanie ont réuni à Marciac, dans le Gers, la 9e édition de The Village, l'université d'été des territoires. Un rendez-vous installé au cœur du festival Jazz in Marciac, où la question culturelle n'était pas un décor mais le sujet même.
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Il y a des endroits où la culture ne s'ajoute pas au territoire : elle le fabrique. Marciac, dans le Gers, en est un bon exemple. Chaque été, le village de moins de 1 500 habitants devient une scène internationale. Le reste de l'année, le jazz continue d'irriguer les écoles, les commerces, l'emploi local. C'est ce mécanisme que The Village est venu observer de l'intérieur, sur la place du village, pour sa neuvième édition organisée par La Tribune Dimanche et Brut. et de la Région Occitanie.

Le thème retenu cette année, "Comment la société peut-elle (re)faire corps", donnait le ton. Dans un pays qui se raconte volontiers comme fracturé, la question posée aux intervenants était simple : qu'est-ce qui tient encore ensemble ? Une partie de la réponse s'est jouée sur scène, pas dans les tables rondes. Le set musical donné par les élèves du collège Aretha Franklin de Marciac, devant une assemblée d'élus, de chefs d'entreprise et de responsables culturels, a rappelé ce que produit un festival quand il s'inscrit dans la durée : une filière, une pédagogie, des vocations.

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Quand culture et territoire ne font qu'un

C'est le paradoxe de Marciac : personne n'y a décidé de faire du jazz un projet d'aménagement du territoire, et pourtant c'est ce qui s'est produit. Un festival qui dure finit par déborder de son cadre. Il crée des emplois, remplit des hôtels, retient des jeunes, installe une réputation que rien d'autre n'aurait donnée à un village du Gers. Julie Gayet, qui a fondé le festival Sœurs Jumelles à Rochefort, et Jean-Louis Guilhaumon, maire de Marciac et président de Jazz in Marciac, sont partis de la même observation : ce que fabrique un festival ne se voit pas pendant le festival. Cela se voit le reste de l'année, dans une classe de musique, dans un commerce qui reste ouvert, dans un habitant qui décide de s'installer.

Ce que la musique fait au collectif

L'autre fil de la journée était plus politique, et il ramenait toujours à la même question : qu'est-ce qui rassemble encore ? Dans un pays où le débat public se fragmente, la culture reste un des rares endroits où l'on se retrouve sans avoir à être d'accord. Une place de village un soir de concert ne demande à personne d'où il vient ni pour qui il vote. C'est cette évidence que Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et François Hollande on interrogée devant le public de Marciac, avant que l'écrivain et réalisateur Atiq Rahimi ne rappelle qu'ailleurs dans le monde, cette liberté de jouer, d'écrire et de se rassembler se paie très cher. Entendre cela à Marciac, entre deux scènes ouvertes, donnait une autre épaisseur au mot festival.

Rentable, vraiment ?

Reste la question qui fâche : qui paie ? Les subventions se resserrent, les modèles se cherchent, le mécénat comble ce qu'il peut. Mais réduire un festival à son équilibre comptable, c'est ignorer ce que Marciac a démontré depuis près de cinquante ans. Un festival ne se mesure pas à sa marge, il se mesure à ce qu'il reste sur le territoire quand la dernière scène est démontée : une filière, une école, une génération d'élèves qui ont appris à jouer parce que la musique était là.

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