Une panthéonisation loin d’être neutre
De Simone Veil à Missak Manouchian, de Robert Badinter à Joséphine Baker en passant par Maurice Genevoix, chaque entrée au Panthéon sous les quinquennats d’Emmanuel Macron a porté un message politique adressé au présent, mais celle de Marc Bloch concentre une charge symbolique encore plus forte. Historien, résistant assassiné par la Gestapo en 1944, il est honoré lors d’une cérémonie présidée par le chef de l’État dans un contexte particulier : la famille a demandé que l’extrême droite soit “exclue” de la cérémonie, malgré les contraintes protocolaires.
“Un poison lent qu’il faut combattre”
Dans son discours, Emmanuel Macron a insisté sur une lecture contemporaine de la vie de Marc Bloch : “ Ainsi persiste encore et toujours cet esprit de défaite indissociable de l’esprit de Vichy”, qu’il décrit comme un “poison lent de notre vie publique qu’il faut combattre inlassablement”, ajoutant aussi la nécessité de lutter contre “la crédulité aux fausses nouvelles” et “les poisons de la révision historique”.
Tensions politiques autour de la cérémonie
La panthéonisation de Marc Bloch n’a pas échappé à la polémique. En amont de la cérémonie, les descendants du résistant, et notamment sa petite-fille Suzette Bloch, avaient demandé que les représentants du Rassemblement national n’y participent pas. Sur France Inter, elle a justifié cette position en rappelant que “le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui a assassiné (son) grand-père”.
“Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui a assassiné mon grand-père”
— France Inter (@franceinter) June 23, 2026
Suzette Bloch, petite-fille de l’historien et résistant, explique pourquoi la famille avait demandé d’interdire la présence de membres du Rassemblement national à la cérémonie de… pic.twitter.com/GMlwYTo9M5
Cette demande a suscité l’indignation des dirigeants du RN. Jordan Bardella affirme voir dans l’ouvrage de Marc Bloch “L’Étrange défaite” un “réquisitoire implacable contre le cynisme, l’égoïsme et l’aveuglement d’une partie des élites françaises”.
Une interprétation qui a immédiatement fait réagir Jean-Luc Mélenchon, qui a rétorqué que ceux qui avaient “conduit le pays à l’abîme” étaient avant tout ceux qui préféraient “Hitler au Front populaire”, renvoyant le RN aux origines du Front national et à la présence, parmi ses fondateurs, d’anciens collaborateurs.
Jordan Bardella a alors contre-attaqué en rappelant que Francis André, l’un des hommes ayant dénoncé Marc Bloch aux autorités allemandes, avait d’abord milité au Parti communiste avant de rejoindre le Parti populaire français, formation collaborationniste dirigée par Jacques Doriot.
Marc Bloch a été dénoncé par Francis André, qui milita pour le Parti communiste français dans les années 30, avant de suivre l’un de ses dirigeants, Jacques Doriot, au sein du Parti populaire français.
— Jordan Bardella (@J_Bardella) June 23, 2026
La culture de M. Mélenchon s’arrête là où commencent les crimes de la gauche. https://t.co/JXcKXGrIbE
La polémique s’est poursuivie avec l’intervention de Gabriel Attal. Sur X, l’ancien Premier ministre a relayé des éléments sur l’histoire du Front national, soulignant notamment la présence, parmi ses fondateurs, d’anciens collaborateurs et sympathisants nazis.
https://t.co/v1GHnB4bZU pic.twitter.com/B4dlkatjbn
— Gabriel Attal (@GabrielAttal) June 23, 2026
Une mémoire pour le présent
Plus qu'un hommage à un historien et à un résistant, la panthéonisation de Marc Bloch montre combien les questions de mémoire, d'identité politique et d'héritage de la Seconde Guerre mondiale continuent de traverser le débat public français. Quatre-vingt-deux ans après sa mort, son nom reste au cœur des combats du présent.






