Socialiste "modéré" et figure de proue de l'extrême droite : qui sont les deux finalistes de l'élection présidentielle au Portugal ?

Horacio Villalobos / Corbis News / Getty Images
Antonio José Seguro, 63 ans, est un ancien secrétaire général du Parti socialiste, à tendance centriste, revenu sur les devants de la scène après une traversée du désert. André Ventura, 43 ans, a gagné une notoriété nationale en invectivant la communauté tsigane avec des propos xénophobes.
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Arrivés dimanche en tête du premier tour de l'élection présidentielle au Portugal, selon plusieurs sondages à la sortie des urnes, le socialiste Antonio José Seguro et le candidat d'extrême droite André Ventura s'affronteront lors du second tour prévu le 8 février.

Un socialiste ancré au centre

Antonio José Seguro, 63 ans, est un ancien secrétaire général du Parti socialiste, à tendance centriste, revenu sur les devants de la scène après une traversée du désert à l'époque des gouvernements de son rival du PS Antonio Costa (2015-2024).

En 2014, à l'issue d'une bataille fratricide, Antonio José Seguro avait été remplacé à la tête du PS par l'ex-Premier ministre et actuel président du Conseil européen, qui lui reprochait d'être trop conciliant envers la politique d'austérité menée alors par la droite sous la tutelle des créanciers du Portugal.

Soutenu du bout des lèvres par les dirigeants socialistes actuels, sa campagne a bénéficié d'une dynamique positive pour concentrer les voix des électeurs de gauche qui craignaient de n'avoir au second tour aucun candidat de leur famille politique.

Disant représenter une gauche "moderne et modérée", Antonio José Seguro, cheveux courts et épaisses lunettes rondes, a fait un parcours classique. Leader des jeunesses socialistes au début des années 1990, il a été député puis secrétaire d'Etat aux Sports sous le Premier ministre Antonio Guterres, aujourd'hui secrétaire général de l'ONU.

Numéro deux d'une liste emmenée par le fondateur du PS Mario Soares, ce diplômé de sciences politiques et relations internationales a été élu au Parlement européen en 1999.

Le centriste a alors été contraint une première fois de se mettre en retrait alors que le Portugal était gouverné par le socialiste José Socrates, qui a conduit le pays au bord de la banqueroute avant d'être accusé de corruption.

C'est au départ de M. Socrates qu'il a pris les rênes du PS et, en tant que chef de l'opposition, refusé de faire obstacle à la mise en œuvre de la cure de rigueur budgétaire exigée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international en échange d'un plan de sauvetage financier, accordé en pleine crise de la dette de la zone euro.

Avant même de pouvoir briguer le poste de Premier ministre, il a été évincé par une fronde interne menée par Antonio Costa.

L'artisan de la poussée d'extrême droite

André Ventura, 43 ans, est la figure de proue de l'extrême droite portugaise, en forte progression électorale depuis qu'il a fondé le parti Chega ("Assez"), devenu l'an dernier la première force d'opposition au gouvernement de droite.

Professeur de droit au visage poupin et à la barbe de trois jours, il a commencé par percer dans le paysage médiatique national grâce à ses saillies truculentes en tant que commentateur de football à la télévision, adepte du Benfica Lisbonne.

Elevé au sein d'une famille modeste dans une banlieue populaire à l'ouest de la capitale portugaise, M. Ventura a brièvement fréquenté un séminaire catholique, tenté sa chance comme romancier pendant qu'il gagnait sa vie comme inspecteur du fisc, avant d'user de son talent de communicant pour percer dans les médias, puis dans la politique.

Candidat aux élections municipales sous les couleurs du principal parti de centre droit portugais, il a gagné une notoriété nationale en invectivant la communauté tsigane avec des propos xénophobes.

Conscient du potentiel de discours populiste dans un pays où aucun parti de ce type n'avait encore percé, André Ventura décide alors de quitter sa première formation politique pour fonder son propre parti, en 2019.

En rassemblant plusieurs idéologies de la droite plus conservatrice à la plus radicale, en promettant de s'attaquer à la corruption et à l'immigration, ou encore en défendant la castration chimique des pédophiles, ce trublion est entré au Parlement en tant que député unique de sa formation la même année.

A la présidentielle de 2021, il a terminé troisième, devancé de justesse par la candidate socialiste, avec près de 500 000 voix et 11,9% des suffrages.

Election après élection, Chega a confirmé sa percée en passant de 12 députés en 2022 à 50 en 2024, puis à 60 élus avec près de 23% des voix en mai dernier, dépassant le Parti socialiste en tant que principal parti d'opposition au gouvernement de droite de Luis Montenegro.

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