Paix dans le monde : faut-il plus de femmes au pouvoir ?

Crédits : Reuters
Dans un monde où la force semble encore être le seul langage crédible, une question s’impose : qui décide de la guerre, et surtout de la paix ? Aujourd’hui, les lieux de pouvoir restent largement dominés par les hommes. Chefs d’État, chefs militaires, négociateurs : autour des tables où se prennent les décisions, les visages sont presque toujours masculins. Cette domination explique-t-elle en partie l’instabilité du monde actuel ? Et si la mixité politique était l’une des clés pour construire une paix plus durable ?
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“Toutes les guerres ont un point commun : l’absence des femmes à la table des négociations.” 

C’est le constat de l’essayiste et militante pour l’égalité Marie Eloy qui se base sur des sources de l’ONU.

En 2024, près de neuf processus de paix sur dix se sont déroulés sans aucune participation féminine. Autrement dit, les décisions qui engagent l’avenir de millions de personnes continuent d’être prises presque exclusivement par des hommes.

Une erreur stratégique

Aujourd’hui, 89 % des chefs d’État dans le monde sont des hommes.

Cette absence des femmes dans les négociations de paix n’est pas seulement une injustice démocratique.

C’est aussi une erreur stratégique.

Selon une étude de l’ONU, la présence des femmes dans les processus de paix augmente de 35 % les chances qu’un accord tienne plus de quinze ans.

Et l’histoire le prouve.

Au Libéria, entre 1989 et 2003, une guerre civile ravage le pays. Après des années de violence, un groupe de femmes décide d’agir. Mené par l’activiste Leymah Gbowee, le mouvement grandit rapidement.

En 2003, 200 femmes bloquent tous les accès du palais présidentiel, où se déroulent les négociations de paix. Elles commencent à se déshabiller, un geste considéré dans la tradition locale comme une malédiction extrêmement grave.

Face à elles, les négociateurs n’ont plus d’autre choix que d’écouter.

Quelques jours plus tard, l’accord de paix est signé.

Un an après, le Libéria élit Ellen Johnson Sirleaf, première femme cheffe d’État du continent africain. Leymah Gbowee recevra plus tard le prix Nobel de la paix pour son rôle dans ce mouvement.

Premières victimes des guerres 

Si la présence des femmes peut transformer les négociations, c’est aussi parce qu’elles sont souvent les premières victimes des conflits.

Dans de nombreuses guerres modernes, près de 90 % des victimes sont des civils, parmi lesquels une majorité de femmes et d’enfants. Déplacements forcés, violences, pauvreté, viols : ce sont elles qui subissent les conséquences les plus lourdes.

Les exclure des discussions censées mettre fin aux conflits relève donc d’un paradoxe.

Une paix qui profite à tous 

Mais pour que leur participation ait un réel impact, elle ne peut pas être simplement symbolique. Lorsque les femmes restent une minorité dans les lieux de décision, leur influence demeure limitée. En revanche, lorsque la mixité devient réelle, les discussions changent de nature et les solutions peuvent devenir plus durables, selon Marie Eloy.

Intégrer davantage de femmes dans les processus de paix ne bénéficie pas seulement aux femmes, cela profite à l’ensemble de la société.

Des recherches récentes (par ex. Pickett et Wilkinson, 2018) montrent d’ailleurs qu’il existe un lien entre égalité femmes-hommes et niveau de satisfaction dans la vie : ainsi plus un pays est égalitaire, plus ses habitants se déclarent heureux, assure Marie Eloy dans son livre Les Femmes sauveront-elles le monde ?

Exclure les femmes des négociations n’est donc pas seulement injuste.
C’est aussi se priver d’une partie des solutions possibles.

Et dans un monde marqué par les tensions et les guerres, peut-on vraiment se permettre d’ignorer une telle ressource ?

Pour Marie Eloy, c’est clair : “La paix a urgemment besoin des femmes.”









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