En quelques coups de plume, le berger espagnol Santiago passe de l’Andalousie au Sahara. En deux traits, Tintin quitte Moulinsart et plonge dans les abysses océaniques à bord de son sous-marin requin. À grands coups d’effets spéciaux, Cooper explore des planètes et tord l’espace-temps.
Littérature, BD, cinéma, chaque art a sa manière de “montrer” les aventures. Comment le théâtre, dans son espace restreint, fait-il illusion ? En utilisant son principal atout, sa spécificité maîtresse : la complicité du public. Au théâtre, une planche devient un ordinateur tactile, une table transforme l’espace vide en Bureau ovale.
Voyage au bout du monde
Dans “La Zone indigo”, on suit Cléo, une bioacousticienne qui a travaillé sur le “langage” des baleines. Prise dans le flot des dérèglements du monde, elle sera confrontée à des dangers mortels, traversera le monde et rencontrera tout un tas de personnages, amicaux ou inquiétants. Tout ça sur une scène d’une trentaine de mètres carrés.

Sur le plateau, 6 comédiennes et comédiens incarnent une large galerie de personnages. Les décors sont soutenus par un jeu de projections et de lumières, qui vont simuler par exemple des machines, des sonars ou des applications informatiques.
Performance dans la performance, la pièce nous fait nous attacher aux personnages et à leur destin, à avoir peur pour eux, à vouloir leur bonheur. Mais plus fort encore, “La Zone indigo” nous transmet des émotions.
Énergie communicative
Dans “La Zone indigo”, les personnages se débattent dans un monde qui se fiche d’eux et qui, ce faisant, leur veut du mal. Ils se démènent, s’agitent, luttent. Leur énergie du désespoir est communicative, elle parle au spectateur qui s’inquiète de la montée du fascisme, du recul de la question écologique, de la fragilisation de la démocratie.
“La Zone indigo” serait une fable un peu naïve dans un monde meilleur. Elle est aujourd’hui une allégorie, une représentation du monde dans lequel on vit, de celui que l’on craint et de celui que l’on souhaite construire.
“La Zone indigo”, la nouvelle pièce de Mélodie Mourey (après “Les Crapauds fous” et “Big Mother”), actuellement au théâtre des Béliers à Paris.








