Le producteur Babs condamné et visé par un mandat d'arrêt pour l'agression d'une proche de Werenoi

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Une amie de Werenoi violentée pour un million d'euros : le producteur de rap Babs a été condamné jeudi en Seine-Saint-Denis à 16 mois de prison ferme pour des violences contre Fatima B., quelques jours après les obsèques du rappeur, il y a neuf mois.
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Babs, de son vrai nom Babiry Sacko, 33 ans, avait comparu le 15 janvier à Bobigny devant le tribunal correctionnel. Il avait été extrait pour cela d'un centre de semi-liberté où il purgeait alors une peine pour une ancienne affaire d'extorsion avec violence.

Les juges l'ont condamné jeudi à deux ans d'emprisonnement dont un avec sursis, pour violences en réunion contre Fatima B., 35 ans, qui s'était présentée pendant l'enquête comme une femme dans le "business" à Dubaï et la petite amie officieuse de Werenoi dans cette cité-Etat des Emirats arabes unis. 

Fatima B. avait relaté avoir été agressée, le 22 mai à 2H00 du matin, dans l'arrière-salle d'un bar à chicha de Montreuil (Seine-Saint-Denis) par des membres de l'entourage professionnel du producteur et Babs lui-même. Sept jours d'ITT (incapacité totale de travail) lui avaient été attribués pour les coups portés au corps et au visage, et le traumatisme psychologique. 

"La justice a été rendue et le droit appliqué", s'est félicité auprès de l'AFP son avocate, Me Clarisse Serre, pointant l'absence de Babs à l'annonce du jugement. "Cela montre le rapport qu'il a avec la loi", a-t-elle ajouté, estimant qu'il avait eu un comportement "odieux" à l'égard de sa cliente.

L'avocat de Babs n'a pas réagi dans l'immédiat.

Les magistrats ont révoqué partiellement le sursis qui pesait sur le producteur à l'époque des faits, pour une affaire d'extorsion présentant des "similitudes" avec sa nouvelle condamnation, ajoutant quatre mois à sa peine. Une peine d'amende de 10.000 euros a également été prononcée. 

Il a en revanche été relaxé pour provocation en ligne à commettre une agression.

"Énervé"

A l'audience, le producteur de Werenoi avait nié avoir porté le moindre coup. Mais de son propre aveu, il était bien venu dans ce bar, "énervé" contre Fatima B., qu'il accuse d'avoir détourné un million d'euros "envoyé à Jérémy (Bany Owona alias Werenoi) pour qu'il achète un bien immobilier", ce qu'elle conteste. Il par ailleurs porté plainte contre Fatima B. à Paris pour escroquerie.

Babs s'était présenté en producteur de rap très prospère et respecté. De son côté, la partie civile lui avait rappelé la douzaine de mentions à son casier (trafic de stupéfiants, escroquerie, extorsion avec violence). 

Le tribunal de Bobigny a également condamné Babs jeudi à payer à Fatima B. la somme de 6.620 euros pour le préjudice physique et moral, alors que la victime lui réclamait un million d'euros pour le préjudice financier subi depuis l'agression.

Werenoi était tombé dans le coma au retour d'un de ces séjours à Dubaï, victime de complications d'un diabète mal soigné selon différents journaux, et était mort dans un hôpital parisien, à 31 ans.

Depuis, sa fortune de star du rap - plus grand vendeur de l'industrie musicale française des deux dernières années - fait l'objet de conflits retentissants dans son entourage.

Un récent livre d'investigations, "L'Empire, enquête au coeur du rap français", chiffre à 16,8 millions d'euros le contrat de distribution signé en 2023 entre Werenoi et le label musical Believe, que Babs aurait négocié depuis sa cellule alors qu'il se trouvait en prison.

Selon ce livre, des tensions avaient surgi, à l'été 2023, entre Babs et Werenoi qui s'était senti "financièrement lésé" et le rappeur se serait ensuite rapproché d'un narcotrafiquant français réfugié au Maroc pour le coproduire. 

Les proches du rappeur se divisent à présent en deux camps au moins. Sa mère et une de ses soeurs avaient suivi le procès à Bobigny, dans la salle, pour soutenir Fatima B. contre Babs. 

Werenoi lui-même aura été très peu évoqué au procès. 

Ses morceaux de rap mélancolique évoquaient non seulement sa façon de maximiser le profit - "Verres teintés mais j'ai la vision sur tout le bénef" - mais aussi ses interrogations sur l'avidité de ses entourages. Paroles de chanson: "le monde est méchant, l'humain est mauvais, l'argent rend méfiant".

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