Panthéonisation de Marc Bloch : Emmanuel Macron met en garde contre “l’esprit de défaite”

Reuters
Quatre-vingt-deux ans après son assassinat par la Gestapo, l’historien et résistant Marc Bloch entre au Panthéon aux côtés de son épouse Simonne Vidal. Emmanuel Macron y voit l’occasion de dénoncer "l’esprit de défaite" qui imprègnerait encore "notre vie publique" . Une panthéonisation hautement symbolique, qui a provoqué des tensions politiques autour de la cérémonie.
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Une panthéonisation loin d’être neutre

De Simone Veil à Missak Manouchian, de Robert Badinter à Joséphine Baker en passant par Maurice Genevoix, chaque entrée au Panthéon sous les quinquennats d’Emmanuel Macron a porté un message politique adressé au présent, mais celle de Marc Bloch concentre une charge symbolique encore plus forte. Historien, résistant assassiné par la Gestapo en 1944, il est honoré lors d’une cérémonie présidée par le chef de l’État dans un contexte particulier : la famille a demandé que l’extrême droite soit “exclue” de la cérémonie, malgré les contraintes protocolaires.

“Un poison lent qu’il faut combattre”

Dans son discours, Emmanuel Macron a insisté sur une lecture contemporaine de la vie de Marc Bloch : “ Ainsi persiste encore et toujours cet esprit de défaite indissociable de l’esprit de Vichy”, qu’il décrit comme un “poison lent de notre vie publique qu’il faut combattre inlassablement”, ajoutant aussi la nécessité de lutter contre “la crédulité aux fausses nouvelles” et “les poisons de la révision historique”.

Tensions politiques autour de la cérémonie

La panthéonisation de Marc Bloch n’a pas échappé à la polémique. En amont de la cérémonie, les descendants du résistant, et notamment sa petite-fille Suzette Bloch, avaient demandé que les représentants du Rassemblement national n’y participent pas. Sur France Inter, elle a justifié cette position en rappelant que “le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui a assassiné (son) grand-père”.

Cette demande a suscité l’indignation des dirigeants du RN. Jordan Bardella affirme voir dans l’ouvrage de Marc Bloch “L’Étrange défaite” un “réquisitoire implacable contre le cynisme, l’égoïsme et l’aveuglement d’une partie des élites françaises”.

Une interprétation qui a immédiatement fait réagir Jean-Luc Mélenchon, qui  a rétorqué que ceux qui avaient “conduit le pays à l’abîme” étaient avant tout ceux qui préféraient “Hitler au Front populaire”, renvoyant le RN aux origines du Front national et à la présence, parmi ses fondateurs, d’anciens collaborateurs.

Jordan Bardella a alors contre-attaqué en rappelant que Francis André, l’un des hommes ayant dénoncé Marc Bloch aux autorités allemandes, avait d’abord milité au Parti communiste avant de rejoindre le Parti populaire français, formation collaborationniste dirigée par Jacques Doriot.

La polémique s’est poursuivie avec l’intervention de Gabriel Attal. Sur X, l’ancien Premier ministre a relayé des éléments sur l’histoire du Front national, soulignant notamment la présence, parmi ses fondateurs, d’anciens collaborateurs et sympathisants nazis.

Une mémoire pour le présent

Plus qu'un hommage à un historien et à un résistant, la panthéonisation de Marc Bloch montre combien les questions de mémoire, d'identité politique et d'héritage de la Seconde Guerre mondiale continuent de traverser le débat public français. Quatre-vingt-deux ans après sa mort, son nom reste au cœur des combats du présent.

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