Procès de l'assassinat de Samuel Paty: "Je me sens responsable", dit Chnina

Crédit : Victor LOCHON/Gamma-Rapho via Getty Images
Le père d'une collégienne jugé pour avoir initié une campagne de haine contre Samuel Paty avant son assassinat, a dit mercredi sa "honte" et se sentir "responsable", mais il a expliqué avoir été dépassé par le "tsunami" numérique qu'il avait déclenché et par l'ascendant du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.
À voir également sur Brut

Aujourd'hui âgé de 54 ans, Brahim Chnina est rejugé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour avoir été l'artisan avec Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, de la cabale contre le professeur d'histoire-géographie, dans les jours précédant son assassinat le 16 octobre 2020.

Avant d'être abattu par la police qu'il menaçait, un islamiste tchétchène de 18 ans, Abdoullakh Anzorov, avait décapité Samuel Paty pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). 

C'est par la campagne lancée par Brahim Chnina puis orchestrée avec Abdelhakim Sefrioui, qu'Anzorov avait pris connaissance d'une controverse devenue virale.

Il a notamment consulté sur YouTube une vidéo de Brahim Chnina s'en prenant à Samuel Paty. Il l'a brièvement appelé une semaine avant son crime, avant quelques textos le 10 et le 13, le père le remerciant pour son "soutien", un message parmi une foule d'autres qu'il recevait alors.

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, qui ne connaissaient pas Anzorov, ont été respectivement condamnés en première instance à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, jugés coupables d'avoir délivré "une fatwa numérique" contre Samuel Paty dans un contexte explosif. Al Qaïda avait menacé de frapper la France après la republication par Charlie Hebdo des caricatures à l'occasion du procès des attentats de janvier 2015, et un attentat venait d'être commis devant les anciens locaux de l'hebdomadaire.

"Téléphone, WhatsApp, Facebook..."

Tout est parti du mensonge de la fille de Brahim Chnina, qui avait affirmé que Samuel Paty avait demandé aux élèves musulmans de sortir de classe au moment de montrer des caricatures. Or l'adolescente, qui avait été exclue du collège pour indiscipline, n'avait pas assisté à ce cours. 

Sans vérifier, Brahim Chnina avait posté dès le soir du 7 octobre des messages très vindicatifs, nommant Samuel Paty et le collège. Dès lors, raconte-t-il, tout s'enflamme: le téléphone sonne sans cesse, "j'étais dans un tsunami, je n'arrivais plus à maîtriser les choses, j'étais aveuglé". "Téléphone, Whatsapp, Facebook,... ça ne s'est pas arrêté jusqu'à l'assassinat de M. Paty."

Le déferlement de messages haineux ne le conduit toutefois pas à interrompre sa campagne. 

"Je regrette tout, je regrette tout, je regrette tout", "j'ai honte pour le reste de ma vie", dit Brahim Chnina qui se sent "responsable de tout ça". "Ce n'est pas ma fille la responsable." "Si je n'avais pas fait de vidéo, de messages, avec nom et prénom, M. Paty serait encore là, à s'occuper de son fils, à jouer au tennis", dit-il. 

Mais il pointe aussi le rôle d'Abdelhakim Sefrioui, qui sera interrogé jeudi: Brahim Chnina explique s'être senti conforté par ce militant islamiste aguerri qui l'a contacté en se présentant comme un représentant du conseil des imams de France, "quelqu'un d'important", qui "allait bien (le) défendre", lui apporter "beaucoup plus de soutien", disposait de "plus de savoir, plus de connaissances, plus de responsabilité". 

Les deux hommes se rendent devant le collège dès le 8, tournent une vidéo, y rencontrent la proviseure. A la sortie, ils se mettent d'accord pour poursuivre leur campagne, déposer plainte contre Samuel Paty: "Mon rôle était d'avoir plus de témoignages pour essayer de faire une plainte en groupe, d'avoir le maximum de renseignements."

"Si M. Sefrioui n'était pas là, on n'aurait pas fait une vidéo. Et les choses se seraient passées autrement", affirme Brahim Chnina qui assure n'avoir été animé que par l'injustice qu'il pensait avoir été faite à sa fille, pas par les caricatures.

Aux côtés des deux hommes, sont rejugés deux proches d'Anzorov, qui en première instance avaient été condamnés à 16 ans de réclusion criminelle pour l'avoir véhiculé et aidé à se procurer des armes. Ils assurent n'avoir pas eu conscience du crime que projetait leur ami.     

A voir aussi