Ita O'Brien, coach d'intimité pour Sex Education

Quand les comédiens jouent des scènes de sexe, elle s'assure qu'ils soient à l'aise. Ce métier, elle l'a inventé.

Rencontre avec Ita O'Brien, coach d'intimité de "Sex Education"

*Elle aide les acteurs à gérer leurs corps lors des scènes de sexe. Elle a créé le métier de « coach d’intimité » : c’est Ita O’Brien. *

« Ce qui est vraiment super avec Sex Education, c’est que ça raconte la réalité : le sexe n’est pas toujours beau, et ça ne passe pas toujours sans problème. La plupart du temps, c’est bizarre. » Ita O’Brien est coach d’intimité, notamment sur le tournage de la série Sex Education. En d’autres termes, elle chorégraphie les scènes de sexe.

Une vraie chorégraphie

   « S’il y a une chorégraphie pour une danse, nous aurons besoin de quelqu’un pour créer la chorégraphie. S’il y a une chorégraphie pour un combat, il faut que quelqu’un fasse attention, parce qu’il y a des risques. Le risque avec les scènes d’intimité, c’est que c’est votre propre intimité, votre corps qui est en jeu. »   Ita O’Brien a créé ce métier en 2014. Elle s’assure que les comédiens sont à l’aise. Parfois, il suffit de cache-sexes qui protègent l’intimité, mais il s’agit aussi de rendre les scènes de sexe crédibles sans mettre à mal le consentement des acteurs.     « Une partie de ce que l’on fait en tant que coach d’intimité, c’est d’inviter à des conversations ouvertes et à la transparence. Cela doit commencer dès le début du projet. Il faut que tout le monde comprenne ce qu’il y a de différent dans cette scène, et ça se passe bien avant qu’on arrive sur le plateau. On discute avec le réalisateur, sur sa vision de la scène. Puis on discute avec les acteurs, on vérifie leur degré de vulnérabilité, ce qui les inquiète. On va vraiment travailler ensemble pour maintenir une ambiance vraiment sûre et respectueuse sur le plateau. »

Le consentement au coeur de son travail

  Elle a notamment travaillé sur une scène de masturbation avec les personnages d’Otis et Ola. Lors de cet épisode, Otis a « appris » une technique, et il tente de la mettre en pratique. « Je décompose la scène en différents temps. C’est l’évolution de ce que l’on raconte : quelqu’un qui est excité, puis nerveux, puis dans l’action, puis déçu, qui ne sait pas comment gérer la situation… Et puis qui demande : "Ok, on peut s’arrêter ?" »

Ita O’Brien vérifie toujours avec les acteurs où ils acceptent d’être touchés. « Nous voulons que la réalité physique raconte une histoire, mais nous voulons être sûrs que les acteurs ne se mettent pas en danger. On se demande comment on peut « tricher ». On essaie de trouver des marques sur le corps, comme l’os de la hanche, la cuisse… C’est très important. Et ensuite, on crée la chorégraphie clairement : je te regarde dans les yeux, on s’embrasse, je commence à descendre ma main sous ton pantalon, je continue à descendre, puis dans la chorégraphie, il y a ce moment de masturbation. »

L’étude de la respiration des animaux

Pour améliorer le jeu des comédiens, elle a mis au point une technique surprenante : l’étude de la respiration des animaux. « Par exemple, un chien a une respiration rapide et courte, comme une personne jeune. Pour quelqu’un de plus âgé et sûr de lui, on peut prendre l’exemple du gorille. Ça aide les acteurs à étoffer leur champ des possibles. »

« Avec la scène de masturbation d’Aimee Lou dans la saison 1, c’était encore plus important de ne pas avoir la sensation d’exposer son intimité. Nous avons étudié à peu près tous les animaux, et ça a aidé Aimee Lou à jouer ce personnage qui explore tout ce que peut lui apporter la masturbation, jusqu’à l’orgasme. Nous savions que cette scène allait être très importante, que c’était une œuvre d’art qui serait libératrice. Et ça l’a été. J’ai croisé Aimee Lou l’année dernière, et elle m’a dit qu’elle avait eu des centaines de messages tous les jours pour la remercier pour cette scène. »   Aujourd’hui, Ita O’Brien a une volonté : changer profondément les mentalités et les pratiques. « Personne ne devrait juste attraper quelqu’un et lui coller un baiser. Vous vérifiez que vous pouvez toucher la personne et vous vous y habituez. Quand ça devient inhérent et ancré comme faisant partie du métier, ça ne ralentit pas les choses, c’est juste un changement. Il s’agit d’accord et de consentement, de travailler avec respect et d’aider tout le monde à être professionnel pour travailler au mieux. C’est ça que je veux. »

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Brut.
26 janvier 2020 12:59