Covid-19 : comment fabrique-t-on le vaccin ?

Depuis le début de la crise du Covid-19, c'est la course contre la montre. Mais au fait, comment on fabrique un vaccin ?

Covid-19 : comment fabrique-t-on le vaccin ?

Certains laboratoires ont annoncé un vaccin pour début 2021. Pour mieux comprendre, on vous explique les étapes avant la commercialisation.

Un vaccin contre le Covid-19 pourrait être mis en circulation d’ici 18 mois. « Ce n’est pas un virus qui a l’air très variable, il a l’air assez stable donc ça donne beaucoup d’espoir », indique Nicolas Manel, directeur de recherche à l’Inserm. Mais avant cela, plusieurs étapes sont nécessaires.

1 – Trouver le vaccin en laboratoire

« La première étape, pour fabriquer un vaccin, c’est d’avoir accès au virus. Donc il faut des échantillons du virus. Ça, ça a été fait à partir des premiers patients : faire des prélèvements dans leurs poumons puis mettre ces prélèvements sur des cellules au laboratoire et essayer de faire en sorte que le virus se multiplie au laboratoire », explique Nicolas Manel.

Ensuite, il faut déterminer l’ADN du virus, c’est-à-dire son code génétique. « On partage tous le même langage ADN, que ce soit les plantes, les humains, les virus. Il y a quatre lettres : ATGC. L’enjeu, c’est de connaître exactement le livre codant de ce virus », détaille le directeur de recherche à l’Inserm. Une fois la séquence déterminée, on est capable de produire des morceaux du virus en laboratoire.

« On va chercher à les produire de différentes formes, on va les modifier un petit peu avec les connaissances qu’on a pour optimiser la réaction immunitaire, parce qu’on sait que de telle ou telle manière il y aura une meilleure réponse immunitaire », ajoute Nicolas Manel.

Contrairement à certains virus comme le sida, qui évolue constamment, les coronavirus sont mieux connus par les scientifiques. « Il y a beaucoup de coronavirus dangereux pour l’humain. On a eu deux autres vagues avant, le premier Sars et le Mers. Mais il n’y a pas eu besoin de faire de la vaccination à grande échelle pour ces virus parce que l’épidémie s’est éteinte », rappelle le chercheur.

En 2004, l'Institut Pasteur avait même synthétisé un vaccin pour lutter contre le Sars-Cov-1. Mais l'épidémie ayant pris fin, le vaccin n'avait pas été fabriqué. Pour le Covid-19, près de 100 projets de vaccins sont en cours de développement dans le monde entier.

2 – Tester le vaccin sur les animaux puis sur les humains

« Il y a des essais pré-cliniques, d’abord chez l’animal, une phase obligatoire. Ensuite, il y a des essais cliniques qui consistent à tester l'innocuité, l’immunogénicité et l’efficacité protectrice », développe Frédéric Tangy, responsable du laboratoire d’innovation de l’Institut Pasteur.

Cela se fait en trois phases. « La phase 1, c’est vérifier que le vaccin est inoffensif : injecter chez un petit nombre de personnes qui n’ont pas besoin d’être infectées – des volontaires – et vérifier par des échelles de doses qu’on est largement en-dessous des doses considérés comme toxiques. Ensuite, on passe à la phase 2 puis à la phase 3, qui est un peu une phase 2 un peu plus grosse, où on va chercher à avoir des réponses d’efficacité », poursuit Nicolas Manel.

On cherche alors, non pas à savoir si le vaccin est sans danger, mais s’il active le système immunitaire chez l’humain, et s’il sert à quelque chose. « On va aller dans des endroits où le Covid-19 circule injecter un grand nombre de patients et mesurer par des approches épidémiologiques si le vaccin confère une protection », précise le directeur de recherche à l’Inserm. Pour stopper cette épidémie, on estime que 60 % de la population doit être immunisée : c’est ce qu’on appelle l’immunité collective.

3 – Produire le vaccin en grande quantité

On passe alors à l’étape industrielle et technologique. « Il faut développer un produit biologique, parce qu'un vaccin c’est un produit biologique, ce n’est pas un produit chimique », note Frédéric Tangy. Le processus de fabrication de masse est complexe : « C’est comme fabriquer un airbus A380, mais on en fabrique 100 millions d'un coup ! Et ça doit être absolument aseptique. On doit démontrer l'absence de tout autre virus toxique à l'intérieur du produit vaccinal », ajoute le responsable du laboratoire d’innovation de l’Institut Pasteur.

Habituellement, la création d’un vaccin prend en moyenne une dizaine d’années. D’autres toutefois, comme celui censé protéger du virus du Sida, n’est toujours pas mis au point, et cela depuis 30 ans. Pour le Covid-19, toutes les étapes de fabrication du vaccin sont accélérées. « La recherche académique en amont va plus vite. La séquence du virus a été connue début janvier. Tout le monde a pu synthétiser des antigènes ou des parties du virus pour les mettre dans les vaccins très rapidement », explique Frédéric Tangy.

Le scientifique conclut : « Le temps de fabrication industriel, il est toujours incompressible, mais là, aussi les technologies utilisées sont des technologies pour lesquelles on connaît les fabrications industrielles. Et ce qui est nouveau pour le vaccin Covid-19, c’est que les essais cliniques sont non pas raccourcis, mais faits en même temps. »

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Brut.