retour

Mogadiscio, l'une des villes les plus dangereuses du monde

Mogadiscio, la capitale de la Somalie, est en guerre depuis presque 30 ans. Pour Brut, notre reporter Camille a rencontré en janvier dernier quatre femmes qui se battent pour reconstruire leur pays.

Les femmes de Mogadiscio, optimistes malgré l’horreur

Notre reporter Camille s’est rendue dans la capitale de la Somalie, minée par les attentats. Elle a pu s’entretenir avec quatre femmes, qui lui ont livré leur vision de l’avenir.

Mogadiscio, capitale de la Somalie, est l’une des villes les plus dangereuses au monde. Le pays est en guerre depuis presque 30 ans. Et tout a empiré en 2007, à l'arrivée des shebabs, un groupe radical affilié à Al-Qaïda. Ils seraient entre 5.000 et 9.000 terroristes à travers la Somalie. Leur but : instaurer la charia et faire tomber le gouvernement, déjà très faible et corrompu. Certains de ces combattants sont enrôlés dès l'âge de 8 ans et sont entraînés à tuer.

Pas une semaine sans un attentat revendiqué par les shebabs

Si, officiellement, les shebabs ne contrôlent plus Mogadiscio depuis 2011, officieusement, ils sont partout, mêlés à la population. Au cœur de cette ville en plein chaos, notre reporter a rencontré quatre Somaliennes, qui ont accepté de lui raconter leur quotidien, malgré les risques pour leur vie.

À Mogadiscio, il ne se passe pas une semaine sans un attentat revendiqué par les shebabs. L’un des plus sanglants a frappé la ville en décembre dernier. Il a tué plus de 70 personnes, dont un bus transportant une vingtaine d'étudiantes. Roukya Mustafa Had est infirmière en chef. Rien que dans son hôpital, on soigne plus de 2.000 blessés par balle ou victimes d'attentat tous les mois.

À l’hôpital, victimes et terroristes

« On est en situation d'urgence tous les jours. Quand tu vois un patient arriver, tu oublies tout le reste et tu te concentres sur l'état du patient. Ici peuvent se retrouver les pires ennemis dans des lits côte à côte », témoigne l’infirmière en chef. Après un attentat en effet, les personnels soignants doivent prendre en charge victimes et terroristes, sans distinction. Mais Roukya Mustafa Had tient bon : « Jamais je ne me décourage face à cette situation. Car je sais que c’est l'œuvre d'Allah. »

À Mogadiscio, les attentats sont devenus tellement fréquents que les habitants ne s’en étonnent plus. « Au début, quand on entendait une explosion ou un meurtre, on avait l'habitude d'appeler quelqu’un. Plus maintenant. Tu vas entendre une énorme explosion, et peut-être que la maison va trembler, mais tu t'en fiches, tu n'appelles personne. Tu continues ce que tu étais en train de faire », constate l’infirmière.

« Personne n'est vraiment effrayé, ce n'est pas comme les médias le montrent »

Plusieurs millions de Somaliens ont dû quitter le pays ces dernières années à cause de la situation sécuritaire. Aujourd'hui pourtant, une partie de cette diaspora revient en Somalie pour développer le pays. C'est le cas de Najma, 36 ans. Après 20 ans aux États-Unis, elle a décidé de revenir pour diriger une entreprise de bananes.

« Je suis allée au lycée et à l'université aux États-Unis. Je travaillais en tant qu'ingénieure en informatique. Je suis revenue en Somalie car je voulais changer de vie et voir ce que je pouvais faire. Tout le monde aux États-Unis est inquiet car je vis en Somalie. Mais quand je suis arrivée ici, j'ai vu comment les gens vivaient. Ils vivent leur vie librement, personne n'est vraiment effrayé. Ce n'est pas comme les médias le montrent », assure l’ancienne ingénieure.

« Tu es une femme, tu ne peux pas être dirigeante, tu ne peux pas te tenir près d'un homme »

Pour autant, la nouvelle carrière de cheffe d’entreprise de Najma est loin d’être facile. « Beaucoup de grosses entreprises basées en Somalie sont possédées par des hommes et gérées par des hommes. Mais une fois que tu as dépassé ça, une fois que les gens voient que tu es capable de faire ce genre de boulot, ils commencent à te respecter davantage, ils viennent davantage te demander des conseils », assure Najma.

Devant la caméra, elle se montre extrêmement positive. Toutefois, en privé, elle avoue préférer ne pas parler de politique pour ne pas être ciblée par des groupes radicaux comme les shebabs. « Ils ne disent pas qu'ils vont te tuer et tout ça. Mais ils te disent : "Tu es une femme, tu ne peux pas être dirigeante, tu ne peux pas te tenir près d'un homme." »

« La nouvelle génération a bénéficié de conseils qui lui permettront d'avoir une meilleure vision que celle de leurs aînés »

Hors de l’économie et de la politique, l'avenir des Somaliennes se joue aussi à l'école. La Somalie compte le taux de scolarisation le plus bas au monde, avec seulement un quart des petites filles scolarisées. Notre reporter a rencontré Halimo Houssein, une directrice d'école qui essaie de faire bouger les choses. Son établissement, qui enseigne de la primaire au secondaire, a été ouvert durant la guerre civile.

Cette école a été créée pour répondre à une forte demande de Somaliennes actives, souvent dans le secteur économique informel. Celles-ci voulaient un endroit où leurs enfants puissent étudier et où leur sécurité soit assurée. « Nous sommes fermement convaincus que les enfants qui quittent notre établissement auront une vision totalement différente des générations précédentes. Cette génération a bénéficié de conseils, d'éducation, d'expériences et de mises en garde qui lui permettront d'avoir une meilleure vision que celle de leurs aînés », assure la directrice.

« Les shebabs sont des terroristes, mais des Somaliens »

Son enthousiasme est partagé par Fauzia Yusuf Haji Adan, une des premières et rares Somaliennes à faire de la politique, bientôt candidate aux élections présidentielles. Pour elle, l'avenir de la Somalie se fera avec les hommes, et même avec les shebabs. « Il devrait y avoir une médiation entre les Somaliens, le gouvernement, la nation toute entière – en comprenant aussi les shebabs – peut-être les talibans, les Américains et le gouvernement afghan », analyse Fauzia Yusuf Haji Adan.

Sans l’ouverture d’un tel dialogue, aucune évolution n’est possible, selon elle. « Les shebabs sont des humains, comme nous. Ces gens sont des terroristes, mais des Somaliens. Alors on peut s'asseoir avec eux et leur demander ce qu'ils veulent. S'ils veulent un siège au gouvernement, ils peuvent l'avoir. N'importe qui de sensé l'accepterait, si c'est tout ce qu'ils veulent. S'ils veulent le pouvoir, laissons-les l'avoir et sauvons les gens et le futur de ce pays. »

21/05/2020 09:28
  • 1.8M
  • 689
Brut - Le livre

536 commentaires

  • Tony J.
    3 jours

    ji FT même pas

  • Imal A.
    6 jours

    et devinez quelle religion c'est ? islamentable

  • Patrick B.
    6 jours

    fooodes

  • Steven D.
    15/10/2020 17:20

    Magnifique reportage. Et cela montre encore une fois que la religion est bien le cancer de ce monde. En tout cas ceux qui reviennent dans leur pays en guerre ont beaucoup de courage

  • Cycy M.
    15/10/2020 15:49

    raoult le professeur raoult mérité on la traité de fou. le médecin chinois qui à divulgué des infos sur le covid a été limogé et mort .

  • Alta G.
    15/10/2020 00:14

    ils aiment trop aller là où c’est dangereux après quand ont les kidnappe ils reviennent pour dire je m’appelle plus Sophie petronin je m’appelle Myriam😂🤣🤣🤣🤣🤣

  • Jean D.
    13/10/2020 06:56

    marrant qu'aucun gouvernement ne se décide à aller y faire le ménage ... ... en même temps, quel intérêt ?...

  • Thierry C.
    13/10/2020 06:26

    C'est le monde sanglant des muslims

  • Nourah C.
    13/10/2020 05:59

    Chose sûre qu'il y a une force extérieure qui manipule tout ça , personne ne veut détruire son chez-soi aussi longtemps que ça

  • Halima A.
    11/10/2020 16:55

    Inay dumarkeenu shaydaamo ku jiraan dagaalkana wax ka huriyaan. Ha iloobin habo

  • Fatima-dagan H.
    11/10/2020 12:53

    Nos femmes sont battante mais avec cette guerre sans finie on ne sait plus quoi faire pour changer les choses, c'est une guerre bien financer avec des gros intérêts pour les pays bien développé.

  • Jonathan W.
    10/10/2020 19:09

    J avais 8 ans quand on a commencer a récolter et envoyer du riz pour la Somalie avec l'ecole le professeur avais dit sa durera pas longtemps il s en sortiront.. 🤔😡

  • Félix D.
    09/10/2020 05:08

    Il ne devrait pas apprendre aux citoyens la méfiance, ils devraient éduquer les criminelles

  • Jeanmarie R.
    09/10/2020 03:47

    Bientôt car petit à petit cela arrive dans nos banlieues

  • Kaoussou T.
    07/10/2020 08:55

    http://reseauafriquestrategies.com/la-revue-du-ras-n2/

  • Kerrar R.
    07/10/2020 06:15

    au secours une francaises journaliste qui porte le voile sa doit etre une terroriste mellez vous de votre france vous voulez etres les gendarmes du mondes pauvres ignorant

  • Abdou K.
    07/10/2020 02:36

    Arrêtez un peu avec la manipulation de vos internautes! Comment ça ! cette innocente ville pourrait être la plus dangereuse du monde? Alors que vous fermez vos yeux sur la réalité des pays où il y’a des villes, les plus dangereuses monde. Comme le Brésil, Mexique , le Venezuela ou les États-uni... je peux citer plus que 50, mais je vous assure que vous ne trouverez jamais La Somalie ou même 5 pays africain . Vous les médias, nous connaissons votre plan mensongère qui est de faire peur au gens de l’autre côté du monde de venir en Afrique. Vous voulez tous simplement donner une très mauvaise image à ces pays africains comme vous l’avez toujours déjà fait. Par contre, retenez une chose: (Tôt où tard un jour l’Afrique se révoltera et vous serez les immigrants qui viendront demander de l’asile comme nous le faisons actuellement).

  • محمد ر.
    06/10/2020 17:14

    شعب ملوش لازمة

  • Aurier K.
    06/10/2020 09:07

    Tout a cause des européens cest votre faute

  • Michel B.
    05/10/2020 19:48

    Alors pourquoi elle va là-bas

Inscrivez-vous gratuitement à myBrut, la newsletter de Brut.

Inscrivez-vous gratuitement à myBrut, la newsletter de Brut.

switch-check
switch-x
En continuant, vous acceptez de recevoir des e-mails de Brut.