Assa Traoré dénonçait le comportement des forces de l'ordre dans les quartiers populaires

"Aux États-Unis, on parle de ségrégation raciale. En France, la ségrégation raciale est masquée par la ségrégation sociale." Il y a trois ans, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, dénonçait sur Brut les violences des forces de l'ordre.

En 2017, Assa Traoré analysait la ségrégation sociale dans les quartiers français défavorisés

La sœur d’Adama Traoré, jeune homme noir mort en 2016 après son interpellation par la police à Beaumont-sur-Oise, explique en quoi les jeunes de quartiers subissent la violence quotidienne des forces de l’ordre.

« Les jeunes qui subissent des violences et des humiliations de la part des forces de l'ordre ne se lèvent pas un beau matin en se disant : « Je vais aller dans ce quartier, je vais tuer untel. » C'est quelque chose qui s'est construit », affirmait Assa Traoré, militante antiraciste et sœur d’Adama Traoré, en 2017. Voici son discours.

« En France, la ségrégation raciale est masquée par la ségrégation sociale »

C'est quelque chose que l'État a construit des quartiers populaires. Aux États-Unis, on parle de ségrégation raciale. En France, la ségrégation raciale est masquée par la ségrégation sociale. Aujourd'hui, nos petits frères… mon frère… ces jeunes de quartiers subissent ça. À travers le combat d'Adama, tout ça, c'est ce système qu'il faut casser.

C'est ce que l'État a construit. Vous savez, depuis leur plus jeune âge, ils sont pointés du doigt, ces jeunes des quartiers, comme s'ils ne pouvaient pas participer à la construction de cette France. Ce sont des jeunes qu'il faut arrêter de montrer du doigt. Vous savez, quand ils viennent interpeller mon frère, on le dit dans le livre Lettre à Adama, ils viennent armés comme s'ils allaient en zone de guerre.

« Ces jeunes sont déshumanisés »

Quand ils viennent dans ces quartiers et qu'ils sont cagoulés, tout de suite, le rapport de force est mis, aucun dialogue n'est mis en place. Quand on voit ces jeunes, quand ces forces de l'ordre viennent dans ces quartiers, ces jeunes sont déshumanisés. Ces jeunes ne sont même pas comme des personnes, ayant des sentiments.

Aujourd'hui, on a envie de leur dire : « Ce sont des jeunes qui ont un cœur, qui savent penser, ce sont des jeunes qui ont droit à la liberté de circuler. Ce ne sont pas des jeunes que l'on doit tabasser et humilier comme on le fait. » Et mon frère en a fait les frais, mon frère a fait les frais de ce système que l'État a construit, autour de ces quartiers populaires.

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Brut.
2 juin 2020 09:27