En Libye, des migrantes prises au piège des prisons clandestines

Pendant ce temps-là en Libye, elles sont kidnappées, séquestrées, torturées, violées… Voilà la réalité pour ces femmes migrantes prises au piège des prisons clandestines. Elles racontent.

L’horreur des camps de détention clandestins de migrants en Libye

En Afrique, des migrants qui transitent par la Libye pour rejoindre l’Europe sont kidnappés, torturés, violés et réduits à l’esclavage en attente de rançon.

« Je demandais au Soudanais pourquoi il ne me laissait pas partir, puisqu’il ne pouvait pas obtenir d’argent de moi. Il ne me répondait pas. Mais il m’a dit qu’il recevrait de l’argent d’autres hommes qui le paieraient après m’avoir violée. Il me vendait. Quand ses cinq amis venaient me violer, ils le payaient. C’était une période très sombre. Ensuite, je suis tombée enceinte. Après ça, je suis tombée malade. Quelque chose est arrivée au bébé, et je l’ai perdu. » Fatma est une jeune femme érythréenne qui a fui la dictature de son pays pour rejoindre l’Europe. Ce qu’elle décrit, c’est la réalité de nombreuses migrantes, enlevées, séquestrées, torturées et violées dans des centres de détention clandestins en Libye.

« Il est totalement impossible de donner quelque chiffre que ce soit »

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, entre 700.000 et un million de migrants sont actuellement en Libye. Dans ce pays, porte d’entrée des migrants pour l’Europe, il existe au moins deux types de centres dans lesquels certains d’entre eux sont détenus. D’un côté, les officiels, une dizaine selon MSF. « Ces centres sont sous tutelle d’un département chargé de combattre l’immigration illégale end Libye, la DCIM », détaille Michaël Neuman, directeur d’étude à la fondation MSF. De l’autre, les centres clandestins. « La violence qui y règne est extrêmement élevée. En particulier pour les femmes. Il est par contre totalement impossible de donner quelque chiffre que ce soit en ce qui concerne ces centres de détention officieux », précise Michaël Neuman.

La torture, l’esclavagisme et le viol pour mettre la pression sur les familles

Dans ces centres clandestins sont détenus des migrants kidnappés, voire achetés par des milices pendant leur itinérance. Des rescapés dénonçaient déjà ces centres libyens en 2017. La torture, l’esclavagisme et le viol sont pratiqués pour mettre la pression sur les familles à qui les tortionnaires demandent des rançons. Meskiya a été retenue captive six mois dans une de ces prisons. Elle a été recueillie dans un centre de MSF qui prend en charge les rescapés. Elle raconte. « Ils m’ont frappée dans le dos jusqu’à ce qu’il se brise. Ils m’ont giflée et cogné le visage. Ils demandaient 13.000 dollars. Ils continuaient sans cesse. Ils nous empêchaient même de dormir. J’étais exténuée, je ne pouvais même plus parler. Ils ont vu que j’allais mourir, alors ils m’ont déposée ici et ils sont partis. »

Aucune donnée n’existe sur ces centres clandestins. Selon MSF, entre 3.000 et 5.000 personnes attendent d’être libérées dans des conditions très difficiles, parfois pendant des années.

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Brut.
27 février 2020 19:35