Le premier jour en France de Diane, burundaise

Journaliste, Diane a dû fuir le Burundi en pleine crise politique en laissant son mari et ses enfants. Son premier jour en France, voilà comment elle l'a vécu.

Diane, burundaise, se rappelle de son premier jour en France

Cette ancienne journaliste a fui la crise politique de son pays. Elle raconte ses premières impressions de Paris et de l’Hexagone.

Diane Hakizimana, ancienne journaliste, vient du Burundi. À l’origine, elle est arrivée en France pour se former. Mais entre-temps, son pays a traversé une grave crise politique, et elle a décidé de rester. Voici son histoire, qu'elle raconte à Brut.

Hébergée par Emmaüs puis par la Maison des journalistes

Ce qui m’a frappée en premier, c’est la façon dont, chez vous, on peut s’asseoir à côté de quelqu’un sans dire bonjour. J’étais choquée, je vous avoue. Mais après, je me suis habituée.

J’ai fait le 115. J'étais une femme seule, donc c’est peut-être ça qui m’a sauvé la vie. J’avais de petites nuitées avec Emmaüs, une semaine peut-être de répit. Mais après, ça recommençait : il fallait appeler, il fallait appeler, il fallait appeler. Et c’est très long.

J’ai quand même mis quatre mois, à peu près, avant que la Maison des journalistes n’accepte de m’accueillir dans l’association. C’est une association qui aide les journalistes exilés. J’y ai passé au moins un an. À vrai dire, ça ne ressemble à rien, on dirait un grand hangar, mais tous les journalistes ont une petite chambre. Ils essaient de vous donner une domiciliation, parce que c’est compliqué de faire les démarches pour les papiers de réfugiés.

Des interventions en lycée

On avait une activité qui s’appelait « Renvoyé spécial » : on était amenés à faire des séminaires sur la liberté d’expression. On avait beaucoup d’échanges avec les lycéens, ils n’arrivaient pas à comprendre qu’il y ait des pays où la liberté d’expression est si bafouée. À un moment, ils m’ont dit : « Finalement, on a de la chance. » J'ai répondu : « Oui, vous avez de la chance, il faut profiter de cette liberté, et surtout ne pas bafouer la liberté de l’autre. »

À la Maison des journaliste, il y a tellement de demandes qu’ils essaient de faire tourner. Après plus d’un an, ils commencent à chercher la suite. Dans cette logique, le travailleur social m’a aidée : il a trouvé l’association « Réfugiés bienvenue » et il m’a fixé un rendez-vous. C’était pour rencontrer les deux personnes qui m’ont accueillies. 

Céline et Adrien, les « anges gardiens »

C’est à Châtelet que j’ai rencontré Céline et Adrien, le couple que m’a présenté l’association « Réfugiés bienvenue ». C’était impressionnant de voir ces jeunes gens aider sans rien demander, gratuitement. Ils m’ont montré la maison, ils m’ont montré ma chambre, et j’ai passé une année merveilleuse. 

Quand ils se sont pacsés, j’étais chez eux, on a fait la fête. Ils m’ont présenté toute la famille, les parents des deux côtés. Je faisais partie de la famille. Je trouvais qu’ils étaient incroyables de m’accorder cette confiance. Malgré les difficultés de la vie, malgré tout ce qu’on peut traverser, il faut se dire qu’il y a des anges-gardiens qui sont là, qui n’attendent rien de vous.

Je commençais à rentrer dans le milieu professionnel. Je n’ai pas refait de journalisme, mais ça me permet de vivre. Après, ma famille est venue en France. J’ai donc le droit de prétendre à la naturalisation. Sinon voilà, je suis là, avec ma famille, avec mon travail. Je vis comme tout le monde. On se convainc qu’on est nuls, qu’on est zéro. Et puis, avec le temps, on se dit : « Ah, je ne suis pas la seule. » Et puis, voir qu’il existe des gens prêts à t’aider, ça te pousse à avancer. 

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Brut.
31 janvier 2020 17:05