Conversation sans filtre avec l’écrivain Bret Easton Ellis

Conversation sans filtre avec l’écrivain Bret Easton Ellis

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Brut.

Bret Easton Ellis, c’est l’homme derrière le roman culte “American Psycho”. Considéré comme l’un des plus grands écrivains américains vivants, il est aussi connu pour son goût pour la provoc’. Retrouvez son interview intégrale. Au programme : sexe, réseaux sociaux et littérature…

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  • France
  • 35 min

À propos

“J’ai écrit ce livre que je voulais écrire depuis 40 ans”

 

Il vient de publier son nouveau livre, “Les Éclats” aux éditions Robert Laffont. Il s’agit de son 7e roman en 40 ans de carrière. Brut a échangé avec Bret Easton Ellis. L’occasion de revenir sur sa carrière, mais aussi d’échanger sur sa vision de la littérature, du métier d’écrivain, de ses projets de réalisation de films, de racisme à Hollywood, de sexe… 

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J’ai écrit ce livre que je voulais écrire depuis 40 ans. Il est enfin venu à moi. J’y ai pensé pour la première fois, quand j’avais 18 ans, mais j’ai écrit “Moins que zéro” à la place. L’ado que j’étais n’aurait jamais pu arriver à l’écrire. C’était impossible et je le savais. Je n’avais pas la bouteille ni le talent pour l’écrire” explique l’écrivain originaire de Californie à propos de son dernier roman, “Les Éclats”. Comme lui, le narrateur s’appelle Bret Ellis. “Ça m'a semblé naturel. Dans ce livre, il s’agit en grande partie de ce que j’ai vécu à 17 ans, en 1981”. 

 

Dans ce nouveau roman, il met à nouveau en scène une jeunesse privilégiée. “J’écris sur un monde de privilégiés dont je viens. Mon père était un homme riche, qui était aussi très violent. J’ai toujours associé ces deux choses. C’est pour ça que j’ai écrit “Moins que zéro” et “American Psycho. Mes livres, à bien des égards, démontrent ce que peuvent faire les riches en toute impunité, comme Patrick Bateman. Je ne vais pas dévoiler la fin des “Eclats”, mais il y a un meurtre, et l’assassin s’en sort, parce qu’il est riche. C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné” affirme Bret Easton Ellis. 

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“Les scènes de sexe sont vraiment fortes quand on dit simplement ce qu’il se passe”

 

C’est aussi de nombreuses scènes de sexe qui sont à retrouver dans ses textes. “On me critique parce qu’il y a beaucoup de scènes de sexe. Mais je pense que quand on écrit sur les jeunes, on est obligé de beaucoup en parler. A 17 ans, j’y pensais beaucoup. Les gens pensent que je vais trop loin, que je détaille trop, mais je pense que les scènes de sexe sont vraiment fortes, excitantes et érotiques, quand on dit simplement ce qu’il se passe, sans en faire des tonnes” ajoute l’auteur. C’est une jeunesse très tournée vers le sexe, mais aussi très libre qu'il décrit: “Je suis de la génération X, nous étions les plus libres. Il y a maintenant une liste de choses qu’on peut dire et pas dire”.

 

Il publie son premier livre en 1986: “Moins que zéro” lorsqu’il a 21 ans. Suivront notamment ensuite “American Psycho” en 1988, “Glamorama” en 2000 ou encore “Luna Park” en 2005. Pour lui, “les livres sont des fenêtres ou des portes qu’on traverse pour découvrir un autre monde”. Bret Easton Ellis revendique son statut d’écrivain libre: “Je ne suis pas un écrivain de carrière. Je n’écris pas parce que je dois le faire. Je le fais car je ressens quelque chose. Souvent de la douleur. Je n’avais pas écrit de roman depuis 12 ans parce que je ne le sentais pas en moi”. Pour lui, un écrivain, “c’est quelqu’un qui exprime la vision qu’il a sur le monde”. Entouré de livres chez ses parents, il a écrit ses premières histoires à l’âge de “5 ans”: “J’ai voulu écrire mes propres livres. J’ai commencé par des livres pour enfants. Ensuite, j’ai écrit mon premier roman à 14 ans, un deuxième à 16 ans puis “Moins que zéro” à 19 ans”. 

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Bret Easton Ellis prévoit un film d'horreur

 

J’ai toujours été écrivain” affirme Bret Easton Ellis avant d’ajouter: “Parce que j’aime les livres et qu’ils sont pour moi le meilleur moyen pour m’exprimer. Et c’est aussi non collaboratif. Quand vous faites un film, vous devez travailler avec plein de gens. Écrire un livre, c’est une expérience profondément intense et intime. Il n’y a personne qui vous dit ce que vous devez faire et où vous devez aller. Vous êtes tout seul. Et c’est la liberté, une liberté enivrante”. 

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Côté cinéma, l’auteur a également travaillé comme scénariste sur plusieurs projets, dont “The Canyons” en 2013 et “The Curse of Downers Grove” en 2014. Il jette un regard critique sur les nouvelles règles tacites d’Hollywood pour faire face aux accusations de racisme. “Le fait de choisir quelqu’un parce qu’il n’est pas blanc, c’est problématique. Je trouve ça choquant que certains groupes disent qu’un acteur ne peut pas jouer un personnage parce qu’il n’est pas comme lui. C’est de la folie, pour moi, qu’Hollywood cautionne ça. Vous êtes acteur, mais vous ne pouvez pas jouer un trans parce que vous n’êtes pas trans. Vous ne pouvez pas jouer un gay parce que vous n’êtes pas gay. Cet état d’esprit littéral pour moi, ce n’est pas de l’art. C’est une diversité forcée, pas naturelle. On sent que ce n’est pas spontané. C’est une forme de racisme pour moi”. 

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Le prochain projet qui l’attend concerne également le milieu du cinéma. Bret Easton Ellis espère, “après de nombreux faux départs”, tourner un film qu’il a écrit: “C’est un film d’horreur tout simplement. On a le financement. Ça n'a pas encore été annoncé, donc je ne peux pas vous parler des acteurs. On espère tourner pendant 4 semaines, en octobre, probablement dans les îles Canaries. Ça se passe à Malibu, mais Malibu, c’est trop cher et les îles Canaries ressemblent à Malibu. Qui l’eut-crû?”.