Des centaines de médecins libéraux s'exilent symboliquement en Belgique pour protester contre la politique de santé du gouvernement

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L'exil des médecins de bloc s'inscrit plus largement dans un contexte de grève des médecins libéraux. La quasi-totalité des organisations de ce secteur ont appelé à faire grève entre le 5 et le 15 janvier. Parmi leurs griefs figurent notamment une limitation des prescriptions d'arrêt de travail ou des mesures permettant de contourner les négociations conventionnelles entre la profession et l'Assurance maladie.
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Calots de bloc, blouses blanches et petites valises: des centaines d'anesthésistes, chirurgiens et obstétriciens libéraux ont quitté dimanche la France pour un exil symbolique de trois jours à Bruxelles afin de protester contre la politique de santé du gouvernement français.

"On souhaite que le gouvernement arrête de taper sur la médecine libérale", a déclaré Philippe Cuq, président du syndicat Le Bloc, peu de temps avant qu’une vingtaine de bus ne quitte la porte Dauphine, à Paris, pour rejoindre la capitale belge avec les médecins à leur bord.

A Bruxelles, "nous allons travailler pour préparer une dizaine de propositions que nous voulons remettre au Premier ministre à notre retour", a-t-il dit devant la presse. "Nous sommes certainement autour de 1 500 médecins" à participer à cet exil symbolique, a-t-il précisé à l'AFP.

Selon lui, "1 936 médecins" s'étaient initialement inscrits pour cette action, mais "plusieurs centaines d’entre eux ont été réquisitionnés" par les autorités et n'ont pu finalement y participer.

“Nous attendons un rendez-vous" avec Sébastien Lecornu, a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement "s'occupe des agriculteurs qui nourrissent les Français, mais nous nous soignons les Français", a-t-il relevé.

Dépassements d'honoraires

Dans leurs futures propositions, les praticiens de bloc veulent notamment s'attaquer à la question du financement des dépassements d'honoraires, qui sont indispensables selon eux pour la viabilité économique de leur activité.

"Les complémentaires santé doivent rembourser ces dépassements d'honoraires", a estimé Philippe Cuq. "Les patients les comprennent, en revanche ils ne comprennent pas que les tarifs des complémentaires santé soient en hausse alors que des remboursements sont en baisse", a-t-il affirmé.

Plusieurs praticiens ont expliqué que les dépassements d'honoraires étaient rendus nécessaires par le fait que les tarifs officiels de l'Assurance maladie ne permettent pas de couvrir à eux seuls la rémunération et les frais des spécialités de bloc.

Selon le Docteur Didier Legeais, président du syndicat national des urologues qui participe à l'opération, une néphrectomie (ablation d'une partie du rein en cas de cancer) est remboursée 506 euros par l'Assurance maladie, "alors qu'elle coûte au moins 600 euros si l'on n'utilise pas de robot, et 1 200 euros si l'on utilise un robot".

Les compléments d'honoraires contribuent également à financer l'activité "pour les 8 millions de patients" qui n'en payent pas, comme les 5,5 millions de patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (CSS), a assuré Didier Legeais.

Selon Lamine Gharbi, président de la fédération des cliniques privées (FHP) qui soutient le mouvement, "80% des blocs opératoires" privés seront fermés sur les trois premiers jours de la semaine prochaine. "Ça va être tendu" dans les hôpitaux publics où seront dirigés les malades ne pouvant être pris en charge en clinique privée, a-t-il prévenu, porte Dauphine, où il était venu soutenir le mouvement.

L'exil des médecins de bloc s'inscrit plus largement dans un contexte de grève des médecins libéraux. La quasi-totalité des organisations de ce secteur ont appelé à faire grève entre le 5 et le 15 janvier.

Parmi les autres griefs des médecins figurent notamment une limitation des prescriptions d'arrêt de travail ou des mesures permettant de contourner les négociations conventionnelles entre la profession et l'Assurance maladie.

Samedi, plusieurs milliers de médecins (20 000 personnes, d'après les organisateurs, 5 000 selon la préfecture de police) ont défilé à Paris.

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