Législatives anticipées : la classe politique condamne un "chantage" et réclame le 49.3

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Sébastien Lecornu a agité vendredi le spectre d'élections législatives anticipées en cas de censure, en expliquant les préparer aux mêmes dates que les municipales en mars, selon une source au sein de l'exécutif. Puis il a tempéré cette annonce en expliquant dans Le Parisien dimanche qu'il ne souhaitait pas ce scénario mais voulait "la stabilité et repousser le désordre".
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La menace de dissolution agitée par l'exécutif a suscité condamnations et haussements d'épaule dans la classe politique, qui a de nouveau poussé dimanche Sébastien Lecornu à prendre ses responsabilités et doter rapidement la France d'un budget via le 49.3.

Responsables de gauche comme de droite ont dénoncé un "chantage" pour amener les députés à voter en faveur du budget.

"Un coup de bluff", selon le vice-président du RN, Sébastien Chenu, qui y voit aussi la "fébrilité" d'un gouvernement ayant "la trouille" d'être renversé alors qu'il est "entré dans une zone de turbulence entre le Mercosur et le budget".

Sébastien Lecornu a agité vendredi le spectre d'élections législatives anticipées en cas de censure, en expliquant les préparer aux mêmes dates que les municipales en mars, selon une source au sein de l'exécutif. Puis il a tempéré cette annonce en expliquant dans Le Parisien dimanche qu'il ne souhaitait pas ce scénario mais voulait "la stabilité et repousser le désordre".

"Cela suffit, les apprentis sorciers (…) On ne dirige pas un pays par la peur, la pression ou le chantage institutionnel", a vivement réagi dimanche le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand (LR).

Cette menace, présentée comme une réponse à des motions de censure de LFI et du RN sur le traité UE-Mercosur, "n'a aucun sens", a estimé François Hollande. "Le rôle d'un Premier ministre (...) c'est quand même de mettre un peu de stabilité là où il y a de l'inquiétude".

Méthode qui "ne fonctionne pas"

Pour l'ancien président socialiste, il est plus que temps de tourner la page budgétaire et le 49.3 est le bon outil pour le faire : "ça suffit de laisser passer du temps", a-t-il affirmé.

Si le budget a peu de chances d'être adopté par un vote, le chef du gouvernement dispose de deux autres outils : l'article 49.3 de la Constitution, qui l'expose à une censure qui ferait tomber à la fois le gouvernement et le texte, et une ordonnance, qui peut être suivie d'une censure mais ne fait pas tomber le texte.

Or Sébastien Lecornu, qui avait concédé aux socialistes de renoncer au 49.3 pour qu'ils ne le censurent pas, n'a pas encore livré ses intentions.

Les députés ont rejeté le budget samedi en commission, sans que les débats ne laissent entrevoir les termes d'un compromis entre le gouvernement et le PS.

Le Premier ministre "ne peut pas faire autrement que de déclencher le 49.3", a estimé dimanche son prédécesseur, Michel Barnier (LR), censuré en décembre 2024.

"Chacun doit prendre ses responsabilités. Le Premier ministre, comme tout le monde", a-t-il insisté dans l'émission le Grand Jury sur RTL/Le Figaro/Public Sénat/M6.

Il a expliqué avoir lui-même étudié la voie des ordonnances, prévue par l'article 47 de la loi fondamentale, mais avoir été "découragé de le faire pour des raisons juridiques et constitutionnelles".

L'ancien ministre de l'Economie, Eric Lombard, a dressé dans Libération un constat sévère d'une méthode gouvernementale qui "ne fonctionne pas", en plaidant également pour le 49.3.

"La Ve République n’est pas un régime parlementaire et il n’y a pas de coalition. Réunir tous les partis en disant 'entendez-vous', ça, c’est l’abandon de la responsabilité du gouvernement. Il faut que l’exécutif reprenne en main le gouvernement de la France", a-t-il dit.

Réunion à Bercy

Côté exécutif, la ministre de l'Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a redit sur France 3 "vouloir trouver une solution avant la fin" janvier. Si elle compte sur l'examen en séance à partir de mardi pour "faire émerger les convergences", elle a aussi de nouveau lancé une invitation aux parlementaires qui le souhaitent à venir à Bercy lundi après-midi pour discuter des points faisant encore débat.

François Hollande a de nouveau listé les exigences des socialistes pour un pacte de non-censure : "il faut qu'il y ait la surtaxe sur les grandes entreprises, (...) des mesures sur les holdings familiaux (...) des moyens supplémentaires pour l'Education nationale, (...) sans doute (...) un geste sur la prime d'activité pour le pouvoir d'achat", a-t-il énuméré.

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