A fond à droite: l'ex-ministre de l'Intérieur s'est lancé dans la course à l'Elysée sur une ligne conservatrice ultra-assumée. Celle du "défenseur de nos coutumes (et) de notre civilisation", pour qui "l'immigration n'est pas une chance" et qui promet un référendum pour la "réduire drastiquement".
Celle aussi du champion autoproclamé "de l'ordre et de la justice", prêt à "imposer partout l'autorité de la République", quitte à s'opposer "aux dérives de l'État de droit".
Un discours et une tonalité qui rappellent autant le conquérant Nicolas Sarkozy de 2007 que le pugnace Eric Zemmour de 2022. Peut-être aussi une manière de parler aux électeurs du Rassemblement national, alors que 20 à 30% des sympathisants LR ont voté pour le parti à la flamme entre les européennes et les législatives 2024.
Et pas seulement sur l'aspect régalien.
En matière économique aussi, Bruno Retailleau affiche la couleur: "priorité à la France des honnêtes gens plutôt qu'à l'assistanat", martèle le patron des Républicains en se posant comme le "protecteur de la France des travailleurs, pas de la France des profiteurs".
Pour "remettre l'Etat à sa juste place", il prévient qu'il "faudra tronçonner" et envisage de supprimer "aux alentours de 250.000" postes de fonctionnaires.
Qui dit mieux? A ses yeux, en tous cas, pas Marine Le Pen: "Elle est socialiste", a-t-il tranché jeudi soir sur TF1, rappelant que les députés RN n'avaient pas voté les 15 heures d'activité par semaine pour les allocataires du RSA.
Pas question donc d'une quelconque union pour conquérir le pouvoir: "Quand on a des projets qui sont différents, on ne peut pas marier l'eau et l'huile aussi facilement", a-t-il prévenu.
"zéro crédibilité"
Il n'en fallait pas plus pour réveiller l'ire du parti à la flamme, dont les principaux porte-parole étaient sur les plateaux des matinales radio et télé vendredi. "Retailleau, c'est beaucoup de bavardages, beaucoup de bruit mais, dès qu'il est aux actes, c'est nul", a ainsi répliqué Sébastien Chenu sur France 2.
Le vice-président du RN a accablé le chef des Républicains, "un candidat macroniste de plus" avec "zéro crédibilité", dont le passage à Beauvau à donné "un titre, un vernis, une médaille mais (...) en chocolat vu (ses) résultats lamentables".
Malgré les "belles paroles" de l'ex-ministre, "les actes ont trahi", a renchéri Jean-Philippe Tanguy sur RMC et BFMTV, pointant le "record d'entrées d'immigrés" enregistré l'an dernier - déjà objet d'un montage photo ironique publié sur les réseaux sociaux jeudi soir par le président du RN Jordan Bardella.
Le bras droit de Marine Le Pen à l'Assemblée a dit ne pas voir ce que M. Retailleau "apporte de différent par rapport aux propositions" de sa patronne, qu'il ne fait que "reprendre". Dialectique habituelle de l'original et de la copie, surtout quand le plagiaire "a siégé avec des ministres socialistes".
"Il a choisi de rejoindre la gauche avec Macron, sa vie parle pour lui", a raillé Laurent Jacobelli sur Public Sénat, accusant à son tour M. Retailleau d'avoir "fait les mauvaises alliances" et de porter "un bilan terrible".
"Il aurait pu travailler avec le RN" au moment de l'alliance avec Eric Ciotti en 2024, mais "il a choisi d'avancer solo, c'est son problème", a ajouté le député de Moselle, assurant que "c'est sûrement pas quelqu'un qui nous fait peur".
Au contraire, les lieutenants de Mme Le Pen s'interrogent sur une possible fébrilité du néo-candidat LR, dont l'annonce tombe à un mois des élections municipales. "Je ne m'explique pas ce calendrier très étrange (...) il doit avoir peur des résultats", a glissé M. Tanguy, car "s'il était sûr d'avoir des victoires majeures il aurait attendu".








