Qui sont-ils ?
Les "Pasdaran" ("gardiens" en farsi) ont été créés en 1979 par le guide suprême peu après la révolution islamique "afin de propager les idéaux de la révolution islamique", rappelle Clément Therme, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes. "C'est une armée de 150 000 à 180 000 personnes au service d'une idéologie".
Une source diplomatique occidentale ayant requis l'anonymat avance un nombre approchant les 200 000 hommes.
Au-delà de l'idéologie, "c'est une force armée qui fonctionne comme une armée d'élite avec des moyens terrestres, maritimes, aérospatiaux mais elle est mieux entraînée, mieux équipée, et mieux payée que l'armée" régulière, souligne cette source.
Le CGRI est également le relais de Téhéran auprès de ses alliés dans la région, comme le Hezbollah libanais ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak.
Constitutionnellement, tous ses dirigeants sont nommés par le Guide suprême.
En juin dernier, Ali Khamenei avait nommé comme nouveau chef Mohammad Pakpour pour succéder à Hossein Salami, tué lors de frappes aériennes israéliennes. C'est un ancien vétéran de la guerre Iran-Irak.
Quels sont leurs moyens ?
"C'est un empire dans un empire", souligne David Khalfa, notant que les "Pasdaran" détiennent ou contrôlent des sociétés dans tous les secteurs stratégiques de l'économie iranienne.
"Ils ont une position quasi monopolistique", que ce soit dans les infrastructures (ports, transports, barrages, etc.), l'énergie (gaz et pétrole), les technologies, les télécoms, les secteurs financier et bancaire.
Leur budget militaire est estimé entre 6 et 9 milliards de dollars par an, soit environ 40% du budget militaire officiel iranien, selon les données récoltées par le chercheur. "Ils contrôlent de facto l'économie iranienne".
Comment fonctionnent-ils ?
Les Gardiens ont mis en place un vaste réseau de renseignement qui est "le plus étoffé, le plus performant du régime iranien", explique David Khalfa, chercheur de la fondation Jean-Jaurès.
Ils sont capables de démanteler soigneusement et dans des délais record des réseaux de contestation, en identifiant en quelques minutes les chefs d'une contestation.
Ils s'appuient sur une milice paramilitaire (les Bassidj), recrutée essentiellement dans la jeunesse, qui agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et toutes les strates de la société.
Ils seraient entre 600 000 et 900 000 personnes, selon David Khalfa, sur la base des données croisées de divers centres de réflexion américains.
Quel rôle jouent-ils dans la répression actuelle ?
"Ils jouent un rôle central dans la répression parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, ils sont le pilier du régime iranien, le pilier de sa pérennité, de sa survie", analyse David Khalfa.
"Ils ont fixé une ligne politique et opérationnelle par rapport aux manifestations qui est : tolérance zéro", ajoute-t-il.
D'où un nombre considérable de personnes tuées, au moins 700 en deux semaines, selon les ONG.
Les experts estiment qu'au début des manifestations, les gardiens étaient probablement en retrait, s'appuyant sur les forces de sécurité locales et les Bassidj.
Mais "depuis le départ, ils pilotent l'appareil répressif", "ils coordonnent le travail de répression systématique", souligne David Khalfa.
La contestation ne faiblissant pas, ils ont envoyé leurs forces terrestres et leurs unités spéciales, explique le chercheur. Et dans "une stratégie de déni" de leur responsabilité, "ils agissent en civil", ajoute Clément Therme, pour ne pas se voir "attribuer directement une responsabilité en matière de violation des droits humains".
Une organisation terroriste ?
Dès 2019, les États-Unis ont inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le département d'État .
Des responsables européens, dont des eurodéputés, ont appelé ces derniers jours l'Union européenne à renforcer la pression contre les autorités iraniennes, réclamant, entre autres, d'inscrire elle aussi le CGRI dans la liste des organisations terroristes.
L'Allemagne notamment y serait favorable alors que la Force Al-Qods, l'unité d'élite des Gardiens de la révolution qui agit à l'étranger, est soupçonnée d'être derrière une attaque contre une synagogue en 2021 sur le sol allemand, selon une source diplomatique.








