Lena Waithe et Melina Matsoukas : être noire aux États-Unis

"Mon neveu a 8 ans. Quand je lui ai demandé de quoi il avait le plus peur, il m’a répondu : la police." Ce que signifie être noir dans l'Amérique d'aujourd'hui, c'est ce que raconte le film Queen & Slim avec Lena Waithe et Melina Matsoukas. Brut les a rencontrées.

Entretien avec la réalisatrice et la scénariste de « Queen & Slim »

Les deux femmes et artistes parlent de leur rapport au militantisme et dénoncent la situation des Noirs aux États-Unis.

La scénariste Lena Waithe et la réalisatrice Melina Matsoukas portent le film Queen & Slim, en salles le 12 février, qui traite des violences policières envers les Afro-Américains. Ensemble, elles questionnent les rapports entre la communauté africaine-américaine et la police. Brut les a rencontrées.

« On n’a pas la sensation d’être protégés »

Lena Waithe : Mon neveu a 8 ans. Quand je lui ai demandé de quoi il avait le plus peur, il m’a répondu : la police. C’est un jeune garçon noir, ça ne devrait pas me surprendre. Mais ça m’a ouvert les yeux. Je sais que moi, j’ai peur d’eux. Je comprends pourquoi tu fais une crise d’angoisse quand tu es arrêté au volant. Je pense que ça arrive à la plupart des personnes noires parce qu’on n’a pas la sensation d’être protégés ou que la police s’occupe de nous. 

Melina Matsoukas : Dans le film, Slim demande : « Pourquoi est-ce que les personnes noires ressentent toujours le besoin d’être excellents ? » Ressens-tu toi-même cette pression ?

Lena Waithe : Bien sûr. Je ne pense pas que nous serions ici si nous n’étions pas excellentes. Et je pense que c’est quelque chose d’intrinsèque au fait d’être noir, parce que nous n’avons pas encore obtenu la vraie égalité. Je pense que c’est une vérité difficile à laquelle nous devons faire face, mais que nous avons toutes les deux accepté le challenge. 

« J’ai besoin d’initier un changement, de démanteler, de perturber, de défier »

  Melina Matsoukas : J’ai été élevée dans l’idée que nous sommes tous nés égaux et que nous devons nous battre pour nos droits respectifs, pas seulement pour les nôtres. Que nous devons utiliser les privilèges que nous avons reçus pour offrir leur chance à d’autres. Ça m’a donné un but, ça a créé chez moi le besoin d’initier un changement, de démanteler, de perturber, de défier… J’ai juste eu à trouver ce qui allait être mon arme. C’est la réalisation. Je me suis dit : « Ça va être ma façon à moi de changer le monde. » Je peux atteindre tout le monde, je peux changer les points de vue, je peux faire réfléchir les gens, je peux avoir un impact qui, je l’espère, encouragera d’autres formes d’activisme.   Lena Waithe : Quel genre de responsabilités penses-tu avoir, en ce qui concerne ton art, en tant que femme noire ?

Melina Matsoukas : Je pense que ma responsabilité est de refléter notre époque, d’être honnête sur la façon dont on vit. Je n’aime pas vraiment mettre les gens dans une situation confortable ou créer un espace dans lequel les gens n’ont pas besoin de changer. Je pense que le confort conduit à l’autosatisfaction. Je pense qu’il est nécessaire de montrer le monde dans lequel on vit, de critiquer la société, parce qu’elle n’est pas égalitaire et qu’il y a beaucoup de démantèlements et de perturbations.

Lena Waithe : Ma responsabilité, c’est de dire la vérité. Être quelqu’un qui dit la vérité et qui n’a pas peur. Parce que nous devons être la révolution dont nous rêvons. 

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Brut.
9 février 2020 13:27